Historique

Cent cinquante ans de la Société de Marie par le Père ROZIER

publication dans Lyon-Maristes n°53-54, second trimestre 1986 par le Père ROZIER

« Le 24 Septembre 1986, il y aura cent cinquante ans que furent constitués en congrégation religieuse les prêtres de la Société de Marie, dits Pères Maristes.
En même temps, l’Eglise les avait envoyés évangéliser les populations des îles plus ou moins grandes et encore peu connues de l’Ouest-Océanie.

Il convient de rappeler que le projet de Société de Marie avait pris corps vingt années auparavant, attesté par un engagement collectif signé et consacré au cours d’une messe célébrée à Fourvière par l’abbé Jean-Claude Courveille, ordonné prêtre la veille, et à laquelle assistèrent et communièrent plusieurs autres nouveaux prêtres, Déclas, Champagnat, Colin, Terraillon, etc.

Le 9 mai 1837, fut acquis, montée Saint Barthélemy, à Lyon, un immeuble, dit Maison Puylata, qui, après les aménagements nécessaires, devint la maison-mère de la congrégation.

Les Maristes, déjà connus dans l’Ain et du côté de Saint-Chamond et de Saint Etienne, furent appelés à Angoulême et dans la région de Bordeaux puis d’Agen. En 1843, le Père Ozanam, prêtre mariste, frère de Frédéric, établit une résidence à Paris. Bientôt, le port de Toulon, où s’embarquèrent des missionnaires, attira dans sa région des Pères et des Frères, qui créeront des dizaines d’écoles, puis un collège, à La Seyne, et l’évêque de Digne leur demandera de diriger son petit et son grand séminaire.
En Océanie, la vaste mission initiale fut subdivisée en cinq portions et, dès 1848, deux évêchés étaient créés en Nouvelle-Zélande, sous la direction de deux évêques originaires de Lyon.
En 1851, première maison en Angleterre, dans la banlieue de Londres.

Ce ne sont que quelques indications du développement de la congrégation. La Maison-mère fut durant plus de quarante ans un centre actif de missions diverses données aux paroisses, ce qui laisse deviner les allées et venues de correspondances et de visites.
De son côté, le service des missions en Océanie occupait une partie importante de l’activité de la maison. Des prêtres, venant de tous les coins de France et même de l’étranger (Savoie) pour se préparer à partir en Océanie, étaient réunis dans une maison proche, dite la Favorite.
Les journées de 1848 ne furent pas fâcheuses, à la maison de Lyon, comme elles le furent dans d’autres établissements voisins.

En 1854 le premier supérieur général Colin fut remplacé par le Père Julien Favre. On était entré dans une période où les missions en Océanie, certaines très difficiles, avaient cédé le premier pas aux activités en France, notamment à l’enseignement secondaire. En 1866, après trente ans d’existence, la congrégation comptait trois noviciats, d’où sortirent, cette année-là, une centaine de profès maristes.

En 1870 la maison-mère servit d’hôpital. Un peu plus tard, quand le pays fut entré en république, la congrégation s’européanisa pour de bon, (il y avait déjà, il est vrai, quelque chose en Amérique), du fait des lois d’expulsion des Religieux. 
Cependant les congrégations missionnaires furent autorisées à garder quelque chose pour ce service. Ainsi resta-t-il un pied à terre à Puylata et le noviciat de Sainte-Foy-Lès-Lyon (nouvelle maison-mère) sous le titre de Séminaire des Missions d’Océanie. 
Les collèges continuèrent sous la responsabilité des évêques avec des prêtres ex-maristes, mais tous les autres personnels partirent à l’étranger. Italie, Espagne, Irlande, Belgique, Allemagne, etc. Un peu plus tard en France, l’Etat mit tin au concordat et le clergé, notamment celui des collèges, fut poursuivi et les maisons saisies.

Le temps de trouver un modus vivendi et la guerre de 14 venait encore éclaircir les rangs de la congrégation éparpillée.
Après la guerre et après le « Nous ne partirons pas » des religieux, sans que les congrégations aient comme telles en France droit de cité, les activités reprirent. La Maison-mère s’établit à Rome en 1922 et des provinces furent constituées en Europe, puis en Amérique de Nord et au Canada puis en Océanie.
La guerre de 39 fit partout sentir ses effets désorganisateurs. Après la guerre, de nouvelles régions virent les Maristes, l’Afrique, le Japon, l’Amérique du Sud.

Ce rapide survol, donne une faible idée de ce que firent durant cent cinquante années les Maristes, d’autant que je n’ai pas dit tout ce que des milliers de chrétiens associés sous la dénomination de tiers ordre de Marie, aujourd’hui, fraternités maristes, avaient vécu, ni les milliers d’écoles de frères maristes de par le monde, ni l’activité des sœurs maristes, ni celle des sœurs missionnaires de la Société de Marie (qui sait que le premier vaccin contre la lèpre a porté le nom de marianum en hommage à une de ces sœurs, Marie-Suzanne, qui travailla obscurément vingt-cinq ans à Lyon pour le découvrir ?), ni celles de leurs filles en Océanie, ni celle des pères et des sœurs du Saint-Sacrement fondée par un mariste, Eymard, ni celle de la Congrégation du Saint-Esprit fondée au Mexique par le Père Rougier, mariste. J’en oublie. 
J’oublie surtout ce qui ne s’est pas vu, pas su, l’innombrable somme de sainteté cachée et inconnue, dont plus d’un ancien élève, ou ancien dirigé, ou ami, ou pèlerin, un jour, a bénéficié, en découvrant, dans un monde dur, quelque chose de la grâce et de la bienveillance de Marie. «