A l’école d’Adilon

Depuis trente ans, Sainte-Marie-Lyon confie ses bâtiments à un architecte hors du commun…

Réfractaire au système de la mode, le travail de Georges Adilon explore, depuis trente ans, une voie solitaire et silencieuse, qui ne cherche d’autre reconnaissance que celle de ses habitants. D’une fidélité et d’une constance remarquable, ces derniers ont permis à l’architecte d’écrire successivement plusieurs chapitres d’une oeuvre que le temps révèle et épaissit. Rien de cette aventure architecturale n’est ordinaire. Les pères maristes, maîtres d’ouvrage éclairés choisissant pour leurs bâtiments une franche modernité, face à une époque et une ville éprises de concessions. Les deux sites de Sainte-Marie-Lyon, construits sur un versant très préservé de la colline de Fourvière, dominant tout le centre-ville (un troisième site de la même institution existe à la Verpillière, dans l’Isère, et accueille lui aussi des constructions de Georges Adilon) L’architecture elle-même, rugueuse comme les matières rocheuses, brute sans être brutale, étonnante de vigueur et de fraîcheur.

La construction la plus récente, achevée en début d’année scolaire, abrite dix classes de troisième et présente un spectaculaire empilement de monolithes gauchis et chahutés, mis en oeuvre dans une palette de matériaux, plutôt minimaliste (béton brut, acier inox, chêne massif). Cette composition est sous le signe du désordre mais impose paradoxalement une sensation de plénitude et de parfait équilibre. Le dessin semble issu d’une joyeuse bousculade : pas deux arêtes parallèles, pas deux fenêtres identiques, pas deux poutres alignées ; pourtant, tout paraît être à sa place.

Comment tant d’agitation peut produire tant de calme ?

Max Rolland, Architecte – Revue du CAUE – N° 23 – Juillet 1996–