Garder l’utopie d’être soi

Aux batailles de la peinture, l’architecture semble répondre par la méticulosité, le dessin calme d’une grille ou l’envolée d’un béton. Les constructions de Georges Adilon ont, comme certaines peintures, la vertu de la générosité et sont attentives, elles aussi, à une grande qualité de vie, faite de simplicité, de lumière et de paix. L’architecte a trouvé très tôt la complicité essentielle du père Perrot. Ensemble, ils cosignent, contre vents et marées, pendant près de trente ans, les deux ensembles des Maristes, invraisemblables au regard de tout, et notamment de la réglementation. Un projet éducatif concrétisé architecturalement, autant dire l’audace humaniste et l’utopie au naturel.

 

Là encore, les préparations sont simplissimes. L’architecte prend en compte le terrain, la lumière, la fonction, et un geste, un matériau, une nécessité feront le reste. Une architecture d’ouvrier, humble et astucieuse, économe et élégante. On y retrouve les procédures de la peinture, le rôle du temps et du fragment, comme si toute l’oeuvre d’Adilon se bâtissait ainsi dans un mélange de méthode et de fulgurance, pondérés par une viscérale conscience de l’humanité du temps.

 

Alors, l’importance d’Adilon pourrait bien être là,, dans l’utopie poursuivie d’une vérité de vie et d’oeuvre associées. Préserver l’utopie, alors qu’elle disparaît de nos vocabulaires mêmes. L’utopie, dans sa dimension philosophique ne sera jamais réductible à l’ambition avec ses tristes connotations. L’art peut se normaliser, se standardiser, devenir bavard de ces conversations Verdurin, l’oeuvre solitaire demeure dans la tension, la recherche, le geste, la concentration et le refus têtu du superflu. La vraie quête, personnelle et indicible, est encore possible et glorieuse, mais quelle obstination dans la résistance et l’exigence, et quel travail au total !

 

Jean Louis Maubant
Juillet 2001

Peinture – 16,56 m x 52 m – collection Musée d’art contemporain de Lyon