l'Architecture







A l’occasion de l’édition du livre “Georges Adilon - architecture, peinture“ (collection reConnaître - réunion des Musées Nationaux), et de l’exposition qui lui est consacrée en 2001, le Père Perrot écrit sa rencontre avec Georges Adilon et le début de l’aventure humaine et de création qui allait façonner l’image architecturale et l’environnement pédagogique de l’institution Sainte-Marie.

 
«Il y a 35 ans, notre architecte, surchargé, me proposait, pour rénover le choeur d’une petite chapelle, un de ses amis artiste peintre. J’acceptais, avec une certaine réserve liée à l’image sociale que j’avais de l’artiste. Je rencontrais donc Monsieur Adilon et le conduisais à cette chapelle. Calme, silencieux, il regarda ; il regarda comme je n’avais jamais vu regarder. Il paraissait pauvre et accueillant. Son regard était dépouillé de tout à priori, de toute prétention. Il ne dominait pas, porté par son savoir ou par l’illusion du déjà vu. Il recevait, et accueillait, il se laissait pour ainsi dire habiter par ce qu’il voyait. Il n’y avait cependant aucune passivité dans cet accueil. La contemplation est active ; elle engendre. De fait, rapidement, un projet et un budget furent proposés, acceptés, et le travail réalisé dans les délais prévus.
Georges Adilon

Les échanges qui eurent lieu durant les deux mois de ces travaux me permirent de découvrir que Georges était sensible à notre pédagogie et s’y associait naturellement. D’une part, les moyens pauvres, le refus de l’ostentatoire, du paraître. D’autre part, la nécessité d’une présence au jeunes vivifiée par la création, à l’image d’un bon professeur qui ne se répète jamais, tant son cours se renouvelle par l’interrogation et la recherche qu’il poursuit lui-même. (...)

 

M.Perrot

Août 2001



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La chapelle du grand collège



Trois marches face au portail de bois clair, chargé de la mémoire de l’ancienne chapelle, et l’équivoque de l’expectative se prolonge, derrière la porte, en un seuil incertain. En face, un couloir resserré conduisant à la lumière d’un espace intime ouvert et dominant la ville, lieu contemporain de recueillement et de prière, adapté à la pratique d’une école. Le déambulatoire est barré en hauteur par une forme oblongue et cylindrique, à l’éclairage contrasté dans cette ambiance obscure, et qui souligne la direction à prendre. Trois marches encore à gravir, et l’évidence du lieu nous apparaît. (...)

Patrick Drevet . 28 janvier 1986

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A la recherche d'élèves heureux


Lyon sérieux n’est pas dans ses façades : paradoxalement, la différence vit d’un silence qui, souvent, agace les conformismes bruyants. L’expérience menée depuis une douzaine d’années par Sainte-Marie-Lyon pose pourtant nombre de problèmes de fond de l’architecture et de sa pratique contemporaine. Doucement, le père Perrot, directeur de l’établissement scolaire, et Georges Adilon, peintre, présentent une expérience rare, enseignante, lente et réussie. Le pédagogue parle de la dimension éducative de l’architecture comme de celle de la surveillance en laissant planer un propos sur la force du Beau. La conversation évoque le poids des matériaux, leur épaisseur tant matérielle que spirituelle. Sait-on encore ce qu’est la qualité d’une porte ou d’un mur ? Le Père Perrot a tenu personnellement à ce que les escaliers principaux du collège de la montée Saint-Barthélémy fussent en pierre, vraiment, sans les tricheries du placage. Un escalier est un escalier et le passage de milliers de pas doit s’y marquer ! Partout, la ville est invitée à pénétrer l’espace physique et mental de l’école. (...)
 

Jean-louis Maubant «Résonnance , la vie Lyonnaise», février 1979

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A l'ombre de la cour des maristes

L’architecte Georges Adilon travaille depuis plus de vingt ans à la restauration de l’école des maristes. Un travail en toute discrétion qui relève du paysagisme.

(...)
Peu d’établissements scolaires relèvent d’une conception architecturale nouvelle, souvent pour des raisons d’urgence et d’économie. Ce haut lieu de l’éducation privée lyonnaise en est un heureux contre-exemple. Pour les maristes, Georges Adilon conçoit de nouveaux espaces à vivre, « des pièces où l’on n’est pas enfermé de manière préconçue avec des normes. Ce n’est pas une architecture fonctionnelle au sens où elle n’aurait qu’une fonction ». Son travail relève aussi beaucoup du paysagisme, créant pour les élèves un environnement différent. Les percées de la montée Saint-Barthélémy sur Lyon ou les lignes de fuite sur la campagne à la Verpillière en sont de concrets exemples. (...)

Isabelle Chansard - Libération , 27 juillet 1987

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A l'école d'Adilon

Depuis trente ans, Sainte-Marie-Lyon confie ses bâtiments à un architecte hors du commun...

Réfractaire au système de la mode, le travail de Georges Adilon explore, depuis trente ans, une voie solitaire et silencieuse, qui ne cherche d’autre reconnaissance que celle de ses habitants. D’une fidélité et d’une constance remarquable, ces derniers ont permis à l’architecte d’écrire successivement plusieurs chapitres d’une oeuvre que le temps révèle et épaissit. Rien de cette aventure architecturale n’est ordinaire. Les pères maristes, maîtres d’ouvrage éclairés choisissant pour leurs bâtiments une franche modernité, face à une époque et une ville éprises de concessions. Les deux sites de Sainte-Marie-Lyon, construits sur un versant très préservé de la colline de Fourvière, dominant tout le centre-ville (un troisième site de la même institution existe à la Verpillière, dans l’Isère, et accueille lui aussi des constructions de Georges Adilon) L’architecture elle-même, rugueuse comme les matières rocheuses, brute sans être brutale, étonnante de vigueur et de fraîcheur.
La construction la plus récente, achevée en début d’année scolaire, abrite dix classes de troisième et présente un spectaculaire empilement de monolithes gauchis et chahutés, mis en oeuvre dans une palette de matériaux, plutôt minimaliste (béton brut, acier inox, chêne massif). Cette composition est sous le signe du désordre mais impose paradoxalement une sensation de plénitude et de parfait équilibre. Le dessin semble issu d’une joyeuse bousculade : pas deux arêtes parallèles, pas deux fenêtres identiques, pas deux poutres alignées ; pourtant, tout paraît être à sa place.
 
Comment tant d’agitation peut produire tant de calme ?

Max Rolland, Architecte - Revue du CAUE – N° 23 – Juillet 1996–

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Rencontre avec des anciens de Sainte-Marie-Lyon

«Le contraste des massifs et des arbres sertis par les terrasses, les courbes de lierre qu’épousent l’acier et la pierre, le rythme des dalles accompagnant silencieusement le mouvement de la pensée, l’espace troué de larges flaques de lumière, dans l’étude, autant de points de vue qui se forment, que suggèrent les angles singuliers des fenêtres...»
(Revue des Terminales, «Futur antérieur», Promotion 1986)

Georges Adilon, mon premier souvenir de votre architecture date de la classe de sixième. Les salles de sciences naturelles à la Solitude sont à côté de l’étude des quatrièmes. Dedans, ça sent le béton et bizarrement, la salle est carrée alors que l’extérieur est rond. A chacun sa madeleine mais, je me trompe, ou le béton a une odeur particulière qui imprègne l’atmosphère des salles de cours ?

Il est curieux que vous ayez l’impression d’une salle carrée dans un bâtiment de forme ronde car il n’y a jamais opposition entre les formes intérieures et extérieures. La complexité des espaces est rendue possible par le béton. La liberté donnée par ce matériau engendre sans doute des richesses d’impressions et, pourquoi pas, d’odeurs de béton, je ne le sais pas. La conception de bâtiments scolaires est souvent pensée en terme de construction et non d’architecture, en fonction des techniques les plus commodes et non avec le souci de créer des espaces dont la qualité des volumes, de la lumière, des matériaux, doivent concourir à cette création faite pour ceux qui vont habiter ces bâtiments. Tout de suite, le père Perrot a exprimé cette idée si simple et pourtant si rare que l’architecture est un élément éducatif à part entière. Sainte-Marie-Lyon s’est développé ne privilégiant les petites unités déjà existantes Montée Saint Barthélémy, de par la configuration des lieux, cours, et bâtiments s’étageant sur la colline. A la Verpillière, sur des terrains assez plats, l’implantation des bâtiments a été faite avec cette idée de petits bâtiments séparés par des espaces, donnant l’idée de quartiers, à l’opposé de concentration des élèves dans un grand bâtiment préconçu de façon idéologique.

Propos recueillis par Christophe MATRAT et Jean-Marc PETIT (promo 84)

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Garder l'utopie d'être soi

peinture - 16,56 m X 52 m - collection Musée d'art contemporain de Lyon

Aux batailles de la peinture, l’architecture semble répondre par la méticulosité, le dessin calme d’une grille ou l’envolée d’un béton. Les constructions de Georges Adilon ont, comme certaines peintures, la vertu de la générosité et sont attentives, elles aussi, à une grande qualité de vie, faite de simplicité, de lumière et de paix. L’architecte a trouvé très tôt la complicité essentielle du père Perrot. Ensemble, ils cosignent, contre vents et marées, pendant près de trente ans, les deux ensembles des Maristes, invraisemblables au regard de tout, et notamment de la réglementation. Un projet éducatif concrétisé architecturalement, autant dire l’audace humaniste et l’utopie au naturel.

Là encore, les préparations sont simplissimes. L’architecte prend en compte le terrain, la lumière, la fonction, et un geste, un matériau, une nécessité feront le reste. Une architecture d’ouvrier, humble et astucieuse, économe et élégante. On y retrouve les procédures de la peinture, le rôle du temps et du fragment, comme si toute l’oeuvre d’Adilon se bâtissait ainsi dans un mélange de méthode et de fulgurance, pondérés par une viscérale conscience de l’humanité du temps.

Alors, l’importance d’Adilon pourrait bien être là,, dans l’utopie poursuivie d’une vérité de vie et d’oeuvre associées. Préserver l’utopie, alors qu’elle disparaît de nos vocabulaires mêmes. L’utopie, dans sa dimension philosophique ne sera jamais réductible à l’ambition avec ses tristes connotations. L’art peut se normaliser, se standardiser, devenir bavard de ces conversations Verdurin, l’oeuvre solitaire demeure dans la tension, la recherche, le geste, la concentration et le refus têtu du superflu. La vraie quête, personnelle et indicible, est encore possible et glorieuse, mais quelle obstination dans la résistance et l’exigence, et quel travail au total !

Jean Louis Maubant
Juillet 2001


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L'architecture en diaporama

Un diaporama présentant l’architecture de Sainte-Marie-Lyon, sur les sites de Lyon (Saint Paul pour le lycée et les classes supérieures, la Solitude pour le primaire et le collège), et sur le site de la Verpillière. (photographies Blaise Adilon - tous droits réservés)