Historique







Cent cinquante ans de la Société de Marie par le Père ROZIER,
publication dans Lyon-Maristes n°53-54, second trimestre 1986 par le Père ROZIER

" Le 24 Septembre 1986, il y aura cent cinquante ans que furent constitués en congrégation religieuse les prêtres de la Société de Marie, dits Pères Maristes.
En même temps, l'Eglise les avait envoyés évangéliser les populations des îles plus ou moins grandes et encore peu connues de l'Ouest-Océanie.

Il convient de rappeler que le projet de Société de Marie avait pris corps vingt années auparavant, attesté par un engagement collectif signé et consacré au cours d'une messe célébrée à Fourvière par l'abbé Jean-Claude Courveille, ordonné prêtre la veille, et à laquelle assistèrent et communièrent plusieurs autres nouveaux prêtres, Déclas, Champagnat, Colin, Terraillon, etc.

Le 9 mai 1837, fut acquis, montée Saint Barthélemy, à Lyon, un immeuble, dit Maison Puylata, qui, après les aménagements nécessaires, devint la maison-mère de la congrégation.

Les Maristes, déjà connus dans l'Ain et du côté de Saint-Chamond et de Saint Etienne, furent appelés à Angoulême et dans la région de Bordeaux puis d'Agen. En 1843, le Père Ozanam, prêtre mariste, frère de Frédéric, établit une résidence à Paris. Bientôt, le port de Toulon, où s'embarquèrent des missionnaires, attira dans sa région des Pères et des Frères, qui créeront des dizaines d'écoles, puis un collège, à La Seyne, et l'évêque de Digne leur demandera de diriger son petit et son grand séminaire.
En Océanie, la vaste mission initiale fut subdivisée en cinq portions et, dès 1848, deux évêchés étaient créés en Nouvelle-Zélande, sous la direction de deux évêques originaires de Lyon.
En 1851, première maison en Angleterre, dans la banlieue de Londres.

Ce ne sont que quelques indications du développement de la congrégation. La Maison-mère fut durant plus de quarante ans un centre actif de missions diverses données aux paroisses, ce qui laisse deviner les allées et venues de correspondances et de visites.
De son côté, le service des missions en Océanie occupait une partie importante de l'activité de la maison. Des prêtres, venant de tous les coins de France et même de l'étranger (Savoie) pour se préparer à partir en Océanie, étaient réunis dans une maison proche, dite la Favorite.
Les journées de 1848 ne furent pas fâcheuses, à la maison de Lyon, comme elles le furent dans d'autres établissements voisins.

En 1854 le premier supérieur général Colin fut remplacé par le Père Julien Favre. On était entré dans une période où les missions en Océanie, certaines très difficiles, avaient cédé le premier pas aux activités en France, notamment à l'enseignement secondaire. En 1866, après trente ans d'existence, la congrégation comptait trois noviciats, d'où sortirent, cette année-là, une centaine de profès maristes.

En 1870 la maison-mère servit d'hôpital. Un peu plus tard, quand le pays fut entré en république, la congrégation s'européanisa pour de bon, (il y avait déjà, il est vrai, quelque chose en Amérique), du fait des lois d'expulsion des Religieux.
Cependant les congrégations missionnaires furent autorisées à garder quelque chose pour ce service. Ainsi resta-t-il un pied à terre à Puylata et le noviciat de Sainte-Foy-Lès-Lyon (nouvelle maison-mère) sous le titre de Séminaire des Missions d'Océanie.
Les collèges continuèrent sous la responsabilité des évêques avec des prêtres ex-maristes, mais tous les autres personnels partirent à l'étranger. Italie, Espagne, Irlande, Belgique, Allemagne, etc. Un peu plus tard en France, l'Etat mit tin au concordat et le clergé, notamment celui des collèges, fut poursuivi et les maisons saisies.

Le temps de trouver un modus vivendi et la guerre de 14 venait encore éclaircir les rangs de la congrégation éparpillée.
Après la guerre et après le "Nous ne partirons pas" des religieux, sans que les congrégations aient comme telles en France droit de cité, les activités reprirent. La Maison-mère s'établit à Rome en 1922 et des provinces furent constituées en Europe, puis en Amérique de Nord et au Canada puis en Océanie.
La guerre de 39 fit partout sentir ses effets désorganisateurs. Après la guerre, de nouvelles régions virent les Maristes, l'Afrique, le Japon, l'Amérique du Sud.

Ce rapide survol, donne une faible idée de ce que firent durant cent cinquante années les Maristes, d'autant que je n'ai pas dit tout ce que des milliers de chrétiens associés sous la dénomination de tiers ordre de Marie, aujourd'hui, fraternités maristes, avaient vécu, ni les milliers d'écoles de frères maristes de par le monde, ni l'activité des sœurs maristes, ni celle des sœurs missionnaires de la Société de Marie (qui sait que le premier vaccin contre la lèpre a porté le nom de marianum en hommage à une de ces sœurs, Marie-Suzanne, qui travailla obscurément vingt-cinq ans à Lyon pour le découvrir ?), ni celles de leurs filles en Océanie, ni celle des pères et des sœurs du Saint-Sacrement fondée par un mariste, Eymard, ni celle de la Congrégation du Saint-Esprit fondée au Mexique par le Père Rougier, mariste. J'en oublie.
J'oublie surtout ce qui ne s'est pas vu, pas su, l'innombrable somme de sainteté cachée et inconnue, dont plus d'un ancien élève, ou ancien dirigé, ou ami, ou pèlerin, un jour, a bénéficié, en découvrant, dans un monde dur, quelque chose de la grâce et de la bienveillance de Marie. "


Historique du collège par le Père ROZIER,
Publication dans Lyon-Maristes n°53-54, second trimestre 1986 par le Père ROZIER

" Le premier registre des professeurs porte la mention " ouverture du collège " à 7h, le 16 janvier 1893, 17 montée des Carmes. A cette date, deux classes sont ouvertes une 7ème et une 8ème, et il y a 4 professeurs.
Le Directeur d'alors est le Père Monfat, le Supérieur et sous-directeur est le Père Denier.

Une 6ème est ouverte l'année suivante.

A la rentrée 1894 on compte 50 élèves et une 5ème est ouverte. A la rentrée 1895, il y a 69 élèves et la 4ème est créée.

A la rentrée 1896, le collège est transféré du 17 montée des Carmes au 4 et 6 montée Saint Barthélemy. Les Pères Monfat et Denier sont toujours directeur et sous-directeur. Le collège compte alors 82 élèves. L'encadrement pédagogique compte 18 personnes dont 1 préfet de classes : Pierre Bethenod. Ce poste est créé cette année.

En 1897-1898, 92 élèves sont scolarisés à Sainte-Marie-Lyon. Le Père Denier est remplacé par le Père Auguste Boyer qui a 63 ans. Le Père Monfat, 77 ans, est toujours directeur.
Une classe de seconde est créée.

Rentrée 1898 : Le Père Alain Perret devient directeur.
Une 9ème est créée et le collège a 97 élèves.

Rentrée 1900 : le directeur est le Père Talon.

Rentrée 1902 : le directeur est le Père Lavernaz.

Rentrée 1903 : Le Père Thévenon est nommé directeur. Il restera directeur de 1903 à 1933. 30 ans !
Le collège a 139 élèves de la 9ème à la Terminale où il y a 2 élèves.

En 1933, le collège compte 297 élèves.

A la rentrée 1933 : le Père Rocher prend la succession du Père Thévenon jusqu'à la rentrée 1941, date à laquelle le collège a 257 élèves.

Le Père Bérenger est nommé directeur à la rentrée 1941 et le restera jusqu'en 1946.
Le collège a alors 528 élèves.

En 1947, le Père de Sentenac est directeur.

De 1948 à 1952, le Père Girard lui succède.

A la rentrée 1952, le Père Forissier est nommé directeur, le collège a alors 545 élèves et une 11ème est alors créée.
Le Père Forissier restera directeur jusqu'en 1963.

En 1960, le collège dépasse 1000 élèves (1 006 élèves plus exactement) de la 11ème à la Terminale.
Une annexe est créée à La Solitude.

De 1963 à 1966 le Père Peillon sera directeur.

Puis, à la rentrée 1966, le Père Perrot prend la direction de Sainte-Marie-Lyon, direction qu'il assume encore aujourd'hui.
(en 1999, il sera remplacé par Monsieur Gaucherand)

En 1971, le collège atteint 1 500 élèves.

En 1976, Sainte-Marie-Lyon a 1773 élèves. C'est cette année qu'une annexe est créée à La Verpillière dans le département de l'Isère ; les Pères Maristes y prennent la succession des Sœurs des Sacré-cœur de Picpus qui dirigeaient une école primaire.

Les Pères Maristes ouvriront, en plus, une 6ème et une Seconde. L'annexe compte alors 292 élèves.

En 1978, toutes les classes sont ouvertes à La Verpillière. 617 élèves y sont scolarisés. Le collège de Lyon a 1878 élèves.


Les sites à travers les âges
Père Rozier, Lyon Maristes, quatrième trimestre 1985. (extraits)
Les sites à l’époque romaine (Montée Saint-Barthélemy)

La Solitude
Avant-propos

Depuis un an, le musée gallo-romain de Sainte-Marie-Lyon était fermé au public. L'aménagement de la réserve, le recensement des objets rassemblés là en interdisaient l'accès. En outre, comme nous le disions dans le précédent numéro de Lyon-Maristes, une réorganisation et une prise en charge du musée par une équipe se révélaient nécessaires pour que son avenir soit assuré et qu'il existe pleinement, c'est-à-dire qu'il réponde à des exigences scientifiques, d'une part, qu'il soit mieux connu d'autre part. A cet effet, une association a été fondée' , un programme d'inventaire complet et d'études suivies de publications a été prévu et commencé. Mais notre souci immédiat a été de satisfaire au premier des devoirs que nous crée la chance d'avoir un musée : le rouvrir au plus vite et en assurer l'accès le plus large possible. C'est pourquoi, délaissant pour un temps les tâches entreprises nous nous sommes consacrés à la réalisation d'une nouvelle présentation des objets, non plus seulement montrés par catégories mais réunis pour l'illustration de thèmes qui nous paraissent propres à en rendre l'exposition plus vivante : seul le manque de place nous aura limité dans notre choix. Chacune de ces unités est dotée d'une notice comprenant une introduction générale et la liste des objets avec leur numéro de référence.
Un catalogue est en préparation. Nous le faisons précéder ici d'un bilan de vingt années de fouilles occasionnelles. Une description des lieux a été reprise afin que le matériel reste lié au site, puisque c'est dans ce dernier que le musée trouve sa principale raison d'être. A cet égard, le projet de l'équipe qui vient de se former reprend le dessein ancien d'un premier comité de patronage, fondé en 1967 pour l'aménagement d'un musée et stipulant que celui-ci serait "destiné à rassembler les vestiges recueillis à ce jour et ultérieurement dans les deux propriétés de la montée Saint-Barthélémy et de la Solitude".
Le présent travail est en partie provisoire, en particulier en ce qui concerne le site : rappelons, en effet, que les fouilles n'ont été que rarement exhaustives, et que, bien souvent, elles n'ont pu être faites dans des conditions satisfaisantes. De plus, les quelques études, dont nous dressons une liste, sont loin de former un ensemble complet. Il reste des fouilles à refaire, dont la plus importante est sans doute celle de la maison des fresques (qui sont toujours enterrées), et d'autres à faire, si l'on veut comprendre l'organisation de l'habitat sur ce flanc nord de la colline de Fourvière. Quant au matériel, seule la publication définitive pourra en rendre compte. A ce sujet, il est deux points qui nous tiennent à coeur. Le premier est la restitution (ou, à défaut, la photographie et la possibilité d'étude) d'objets emportés par des fouilleurs avant la création du musée, objets dont la place légitime est à l'intérieur du musée. Un objet isolé a d'ailleurs bien peu de valeur et perd tout son sens en dehors de son contexte. Ce qui nous amène au deuxième point: récemment encore, des élèves ont trouvé quelques fragments de poterie dans un talus. Ceci n'est pas étonnant : en raison de la pente du terrain, les terres archéologiques peuvent aussi bien se trouver profondément enfouies qu'affleurer. Nous saisissons, néanmoins, cette occasion pour rappeler que toute découverte fortuite doit être signalée à l'un des auteurs du présent article et que les élèves ne doivent pas être tentés de creuser le sol : une future fouille risquerait d'être perturbée; plus généralement, il importe de savoir que les fouilles sauvages sont prohibées. Ceci dit, nous accueillerons toujours avec plaisir les personnes qui voudraient nous aider comme celles qui pourraient nous apporter des renseignements.
'Depuis sa création en 1967, ce musée est appelé musée de Puylata, du nom de Guillaume Puylata, héritier de la propriété qu'avait constitué, au XVIle siècle, octavio Mey. Ce musée se trouve au Grand Collège, au niveau de la chapelle ; on y accède par la cour des secondes. 'L'Association du musée de Puylata a été déclaré à la préfecture du Rhône (publication dans le J.O. du 1?-13 novembre 1979).

(Si incomplet qu'il soit, nous espérons que l'exposé qui va suivre vous incitera à nous rendre visite. Le samedi 8 décembre le musée ouvre ses portes aux professeurs. Dès la rentrée de janvier, une ouverture permanente au public sera assurée tous les samedis de 14h30 à 17h30 (excepté pendant les vacances scolaires). Les visites de groupe seront également possibles en semaine, sur rendez-vous et sous réserve de la disponibilité des membres de l'équipe archéologique.

HISTORIQUE DES FOUILLES
Les fouilles ont été, dès l'origine, liées aux agrandissements successifs du Collège. Elles ont eu lieu, principalement, lors de l'aménagement de terrains de sport sur le versant nord de la colline de Fourvière, dans une zone jusqu'alors inexplorée et située en dehors du mur d'enceinte de Lugdunum (qui couronnait le rebord septentrional du plateau de la Sarra). Les premières découvertes ont été une surprise qui s'est répétée au fur et à mesure que les travaux de terrassement avançaient et englobaient de nouveaux secteurs. Mais l'on a pu, en même temps, regretter l'absence d'un programme qui aurait permis une prospection et une exploitation exhaustive et coordonnée du site. L'historique montre, en effet, que l'on a travaillé, pour une même année, dans plusieurs endroits ; inversement, il fait apparaître que le nymphée, situé derrière l'un des grands murs sud, n'a été dégagé que cinq ans après ceux-ci. Cette dépendance des fouilles vis-à-vis des travaux a été déplorée par les fouilleurs, trop souvent contraints à un constat de destruction ou à une précipitation dommageable : à peine avaient-ils le temps "de reconnaître et relever sommairement l'état des lieux, de recueillir les objets et fragments exhumés" (rapport collectif de 1965). Ceci explique qu'en 1963' , le père Jacolin, qui voulait, avant de quitter son poste, mettre un peu d'ordre dans ces trouvailles, ait compté plus de 1235 objets (sur les 2 736 recensés !) auxquels il ne pouvait attribuer de provenance précise. Assurément, cette précipitation et cette destruction auront retardé, et sans nul doute gêné, la reconstitution du paysage antique dans son unité. Nous ne savons pas, pour citer un exemple, comment la maison G se rattachait aux murs sud, et les piles à cette maison et à ces murs. Les renseignements sont maigres (signalons, au passage, la quasi absence de vrais carnets de fouilles : seuls quelques feuillets, chiches de dates) et ne nous permettent pas d'apporter une réponse. Si l'on ajoute à cela que les fouilles sont souvent incomplètes, ou qu'elles restent encore à faire (en particulier, celles qui relieraient les deux niveaux d'occupation des cotes 230 m et 240 m), l'on concevra qu'il soit encore impossible de comprendre l'organisation de l'habitat sur ce versant de la colline. Souhaitons que ceci se réalise un jour.
Avant d'aborder la description du site et de ses vestiges nous ferons d'abord une chronologie des découvertes (pour lequel certaines dates et des faits demandent à être précisés) et donnerons la bibliographie relative aux fouilles.
Chronologie
(Pour les fouilles faites dans le clos de la Solitude, nous indiquerons, entre parenthèses, le secteur archéologique et la dénomination des lieux actuels ; nous mentionnerons celles du Grand Collège par l'abréviation G.C.)
Septembre SS - Eté 57 : Salle des gladiateurs et salles attenantes (G.C., cour des 8° ou des gradins)
Octobre 60 : Compte-rendu d'une fouille (mal localisée) Octobre 61 : Découverte du collecteur (secteur A, cour des 4°)
Janvier-avril 62 : Mur à contreforts (secteur B, dans l'épingle à cheveux en face du tennis). Les grands murs : La pile H, mur D de la maison G.
14/01/62. canalisation (secteur D7) Banquette et pilier, quatre dalles (secteur E). Avril-mai 62 : maison G (massif entre les cours de 4°-3°) Octobre 62 : Canaux obliques, piliers (secteur A) 08/10/62:
Amphore coupée en deux par un bulldozer (secteur A ouest)
' Cette même année le musée de Puylata fut créé et une dalle de nymphée y fut déposée.

Seuil (secteur D) et entrée avec mosaïque.
Novembre 62 : mur aux amphores (secteur G, nouveau réfectoire) Novembre 63 : Piste de course (secteur I)
Angle de bâtiment (secteur H)
Mai 64 : Grand mur est (secteur F, sous le portique)
Août-septembre 66 : Maison des fresques : (secteur H, angle de la cour des 6°) Juillet-août 67 : Nymphée (secteur A. sous les gradins de la cours des 4°) (1) Janvier-Juin 69 : Hvpocauste (secteur B, sud)
78 : Agrandissement de la menuiserie, récupération d'objets (G. C.)
LE SITE MONTEE SAINT-BARTHELEMY aux XVIIe et XVIIIe siècles
Il était tentant de chercher à poursuivre l'histoire de l'occupation du quartier autour de la vieille maison du Ile siècle retrouvée en 1955. Mais la revue n'y aurait sans doute pas suffi.
On s'est borné ici à en évoquer une tranche, en observant qu'une des principales difficultés est que nous ne sommes pas en terrain plat, et donc que ni les plans ni les papiers-titres de l'époque ne disent l'altitude des sols qui semblent avoir été progressivement exhaussés et étagés, cependant que vers 1650 la montée Saint-Barthélémy fut notablement abaissée. Si bien que le dernier étage du bâtiment le plus haut - presque à hauteur du sol côté montagne - serait à une quinzaine d'étages au-dessus de l'entrée de la montée Saint-Barthélémy.
Quand nous avons retrouvé certains titres des XVIIe et XVIIIe siècles nous avons constaté qu'à deux reprises - avant l'acquisition du fonds par les maristes - ils avaient été dûment épluchés, et une fois au moins avec entêtement, pour leur faire dire parfois ce qu'ils ne disaient pas.
En fait, avant le cadastre, les actes d'adjudication ou de vente ne définissaient les tènements que par rapport aux tènements voisins. On était donc invité à la prudence.
Cependant, s'agissant du fonds actuel de Sainte-Marie-Lyon, on peut avancer qu'il fut constitué, tel qu'il est aujourd'hui, à la fin du XVIIIe siècle, en 1796.
Voici le plan grossier, page suivante.
Si l'on désigne par A, B, C, E, E, les accroissements successifs, on peut noter en chronologie ascendante, que E fut ajouté en 1796, D en 1795 ( la limite entre D et E restant encore à définir), C en 1674, B en 1661 ; A vint en possession d'Octavio Mey en 1660.
Je vais dire quelques mots sur chacune des parcelles après avoir fait deux observations. D'ordinaire, on s'intéresse plus aux bâtiments qu'au sol ; et, de fait, les titres mentionnent généralement des maisons, mais sans grandes descriptions précises, sauf en cas d'adjudication, et la tentation est toujours de dire tel bâtiment date de l'an N, comme si, tant qu'ils furent occupés, ils n'avaient pas été constamment réparés, ré-aménagés, ré-agencés, parfois rebâtis.
La seconde observation est importante : la vieille maison du IIe siècle est dans la parcelle D (je l'ai figurée par le lieu (a) vers l'angle sud-ouest) prélevée sur l'ancien fonds des Lazaristes, ajouté en 1795.
Reportez-vous à la gravure de Simon Maupin. Remarquez le château élevé vers 1580. Sa vaste propriété appelée Montangle venait confiner à la montée des Carmes et à notre tènement, à l'ouest.

Après l'abaissement de la montée Saint-Barthélémy, vers 1650, toute la partie D, E fut acquise pour un monastère d'Ursulines, avec maison d'éducation de filles, et l'église (b) prise sur l'ancien fonds.
L'EGLISE SAINT-GENES OU GELAIS PUIS SAINT BARTHELEMY
Sur le tènement C s'élevait une église dont voici l'aspect vers le milieu du XVIe siècle (gravure ci-contre).
Etait jointe à l'église une petite maison, avec cour et jardin, clos par un mur. La dénomination actuelle de la montée commémore cette église, appelée depuis le XIIle siècle Saint-Barthélemy (rien à voir, donc, avec l'événement de 1572, connu, en raison de la date, à Paris, comme "la Saint-Barthélémy"). Mais le nom de l'apôtre avait supplanté celui de Saint Genès ou Genis (nom porté par un évêque de Lyon, mort en 679). et ce fut là (avant son transfert sur l'église de l'abbaye de Saint-Paul, plus bas) la première paroisse créée dans le nord de l'agglomération (au nord de l'église épiscopale Saint-Etienne, transférée plus tard rue Saint-Jean)
Au moment où s'élève le monastère des Ursulines (actuellement N° 6 montée Saint-Barthélémy) avec son jardin-verger remontant la pente, il y avait déjà, côté nord de la montée des Carmes depuis 1575, les Capucins et leur église (aujourd'hui les classes de 7°) et plus haut, depuis 1618, les Carmes Déchaussés et leur église.
La vieille église Saint-Barthélémy se faisait vieille. La colonie lucquoise y tenait ses assemblées. En août, le clergé de Saint-Paul venait y célébrer la fête de Saint Barthélémy (qui coïncidait d'ailleurs avec un saint Genès) aux côtés du chapelain. Mais il semble bien que tout le monde pensait alors à la fin prochaine des bâtiments.
Si l'on en juge par les gravures, elle avait encore une belle allure mi-XVIe avec ses quatre fenêtres latérales, et surtout les deux baies hautes à son chevet.
Notez que le dessinateur n'a pu montrer la petite place qui la séparait, à l'ouest du tènement contigu qui appartenait, en 1657, au maître apothicaire Guillaume Bugset.

OCTAVIO MEY
Famille venue de Florence au XVIe siècle (comme d'autres, les Mascranni, les Gadagne, etc. qui firent à Lyon des fortunes colossales), les Mey faisaient dans la soie et la banque. Octavio Mey demeurait au quartier du Change vers le milieu du XVIIe siècle. Il avait inventé pour la soie un procédé nouveau, qu'il n'avait pas beaucoup crié sur les toits. Il plaçait sa fortune, en partie, dit¬on, dans un musée personnel d'ouvrages d'art et de médailles, ce qu'on appelait alors un cabinet d'antiques. (Il y avait belle lurette qu'au bout de la montée Saint-Barthélémy la maison Sala s'était fait appeler l'Antiquaille).
Or, fin 1658, un rayon de soleil vint éclabousser notre Octavio Mey : un des Mascranni, le plus en vue (place Bellecour, Maison Rouge) qui hébergeait les vingt ans du roi Louis (le XIVe), et le promenait, pendant que Mazarin manigançait son mariage politique, l'amena un jour chez Octavio Mey. Ce ne sont pas des choses qui passent inaperçues.
En 1660, Octavio Mey acquérait le tènement A (qui avait été appelé Le Colombier). Or, le tènement contigu B était déjà saisi sur Guillaume Buguet.
En décembre 1661, Octavio Mey entrait en possession de la parcelle B, et faisait élever sur son fonds, côté sud, un mur de séparation d'avec le jardin des Ursulines. Il donnait donc alors directement, côté matin, comme on disait alors (plus tard orient, nous disons: est) sur la place de

l'église Saint-Barthélémy.
Moins de dix ans plus tard, l'église connut, si j'ose dire, sa Saint Barthélémy à elle, quand d'un seul coup la tribune s'effondra sur les officiants. L'agonie (peut-être déjà précédemment envisagée par Octavio Mey, qui sait ?) commençait. Sachant le chapelain aux abois et l'impossibilité pour lui et l'inutilité de tout faire rebâtir, Mey offrit largement et sans concurrent la solution. Moyennant une rente annuelle confortable au chapelain, il acquerrait le tènement, il démolirait les bâtiments et réemploirait le matériau : le titre et service de saint Barthélémy passerait à l'église des Ursulines immédiatement voisine et sur la montée. Ce fut chose faite avec la bénédiction de l'archevêché, de la municipalité, du clergé de Saint-Paul et des Ursulines en mai 1674.
Un an plus tôt, d'ailleurs la propriété Montangle avait été cédée par Paul Mascranni aux Lazaristes. Nouveaux voisins, ) l'ouest, donc, d'Octavio Mey.
Ainsi, en 1674, Octavio Mey se trouvait propriétaire du fonds A, B et C.
Ce tènement passa après sa mort en 1690 à son neveu par alliance (ou gendre?) Guillaume Puylata, marié à Gabrielle Mey.
Notez que 15 ans plus tard vivait encore la veuve d'Octavio Mey, Marguerite Guemes.
Une rue de la Croix-Rousse s'est appelée rue Octavio-Mey (jusqu'à son remplacement, en 1863, par Artaud). Dix ans plus tard, à l'occasion de la création de la gare Saint-Paul, on remania et élargit, dans le quartier de l'église Saint-Paul, la vieille rue de la Poulaillerie, devenue rue Octavio-Mey.

GUILLAUME PUYLATA
La maison d'Octavio Mey était donc devenue celle de Guillaume Puylata.
Peu après les Ursulines fermèrent leur maison d'éducation, puis, tout en conservant la propri été D, E, se replièrent, rive gauche de la Saône, dans leur premier monastère, rue Vieille-Monnaie. Elles avaient loué une partie de leur fonds (c) au voisin Puylata, qui avec leur assentiment construisit une avancée de terrasse sur pilier (en prolongement de la sienne) avec percement du mur au-dessous et sortie de voûte, pour avoir accès à la fontaine existant au milieu du terrai n des Ursulines (la terrasse et la fontaine sont toujours là, sur la cour basse, actuellement à l'usage des Premières)
Retenez cette location.
A la même époque, Puylata fit présent au roi Louis d'une pièce maîtresse , alors célèbre . du cabinet d'Octavio Mey (qu'est devenu le reste?) Louis XIV la fit déposer, au Cabinet des Médailles, à Versailles, avec le nom du donateur et Puylata entra à la coite sous les espèces de son fils Jean-François.
Il était alors aussi possessionné dans l'Azergues, à Marcilly, Chazay et Civrieux , il faisait à Lyon négoce de vin.
Or, vers 1699, il devait de l'argent à beaucoup de monde. Par exemple, à la fin de l'année, il contracta un emprunt de 14 000 livres au banquier Etienne Riverieux et, s'il acquitta encore, en 1700, son loyer aux Ursulines, très rapidement il se trouva insolvable, et les créanciers, notamment Riverieux, firent saisir tous ses biens en avril 1702
La propriété à Lyon - notre fonds A, B, C - fut vendu aux enchères. Il échut au banquier Riverieux qui le revendit, en 1714, aux frères Fillion, marchands associés, lesquels bientôt insolvables durent consentir à sa revente. Il fut acheté par Marc Chabry.

MARC CHABRY
Ce monsieur, alors âgé de 59 ans, n'était pas n'importe qui. Il avait derrière lui une belle carrière de peintre et de sculpteur. Il était d'ailleurs à Lyon sculpteur du roi.
Il semble qu'il ait vu la possibilité - maintenant architecte - de faire ici son dernier ouvrage, établir sa famille et y vivre ses dernières années.
Il acheta le fonds A, B, C, en octobre 1719, sous réserve d'une expertise, qui fut faite. Sans tarder il prépara les plans de réparations et de constructions ou agencements qui furent exécutés par Claude Petel. Le coût atteignit une somme supérieure au prix de l'achat et qu'il solda fin septembre 1726.
Moins d'un an après, le 3 août, il testait. Le lendemain, il décédait et était enterré à l'église paroissiale Saint-Laurent (jumelle de Saint-Paul), le 6.
Sa veuve et héritière, née Marie-Andrée Blampignon, conserva la propriété jusqu'au mariage du 8e et dernier enfant, Jean-Baptiste, au début de 1737.
Cette année-là, les Chabry revendirent le fonds à un marchand, demeurant rue Gentil (quartier Saint-Nizier), Poisat.
Après quelques cessions ou passages, encore obscurs, le fonds fut saisi et vendu aux enchères fin 1762. Pierre Lortet entra en sa possession début 1763.
Il faut dire qu'en 1756, les Ursulines avaient fini par vendre leur propriété à leurs voisins Lazaristes. Ainsi la propriété Lortet (A, B, C) se trouvait entourée à l'ouest et au sud par celle des Lazaristes.

LES LORTET
Pierre Lortet semble s'y être installé avec sa famille. or, de bonne foi ou non, harcelé par les récriminations de locataires, ou pour d'autres raisons, il en vint à imaginer que la propriété Puylata comprenait la partie D/D' (maintenant aux Lazaristes) qui avait jadis été louée (b) par Puylata aux Ursulines (louée et non achetée).
Constatons la facilité qu'il pouvait y avoir à lire de travers les confins des pièces anciennes (les nôtres sont dûment annotées, ce qui nous a peut-être valu leur transmission). Bref, de procès en procès, Lortet s'entêta et s'enferra mais en fin de compte fut débouté par le Parlement de Paris. Or, là-dessus arriva 1790 et l'expropriation des religieux (dont les Lazaristes), et la rénovation de l'ordre judiciaire. Le fils ciné, héritier, Jean-Pierre liquida la succession pour désintéresser les créanciers: le fonds A, B, C fut adjugé pour 73 000 F de l'époque (et peu après récupéré). Enfin, en 1795, par décision du nouveau Tribunal, les Lazaristes, disparus, faisant maintenant figure d'agresseurs (le commissaire de la nation les représentait, muet !) la Nation, donc, reconnut à Jean-Pierre Lortet la propriété de la partie D, D' que les Lazaristes... s'étaient attribuée. Et voilà !
Ainsi pourvu, Jean-Pierre Lortet ne tarda pas à entrer en possession de la partie E sur la montée Saint-Barthélémy contenant les bâtiments qui avaient été l'église et le monastère des Ursulines et

avaient été acquis par un certain Levasseur.
Ainsi, en 1796, était constitué le tènement A, B, C, D, D', E, tel qu'aujourd'hui.
Jean-Pierre avait épousé Clémence Richard. En 1792, ils avaient eu (ici, je crois) un fils Pierre (futur député du Rhône en 1848) qui hérita avec sa mère, devenue veuve, du fonds (3e génération Lortet)

LES MARISTES
C'est le 9 mai 1837 que Pierre Lortet, docteur en médecine depuis 1819 et écrivain (qui était allé habiter Oullins), après une première vente aux Frères des Ecoles Chrétiennes en 1835, qui n'avait pas été enregistrée (les Frères avaient acquis, en 1836, l'ancienne propriété des Lazaristes) passa vente du fonds aux frères Colin et quatre autres, tous appartenant à un groupement religieux qui avait fait acte de naissance officielle le 24 septembre précédent sous le nom de Société de Marie.
Pour 75 000 F de l'époque, payés en deux ans. Alors (1839), le Supérieur vint s'installer ici et ce fut la Maison Mère des Maristes jusqu'à l'expulsion des religieux en 1882.
En janvier 1893, quelques petits garçons entraient au 17 de la montée des Carmes et formaient, dans une maison aujourd'hui engloutie, le berceau de Sainte-Marie-Lyon.
Quatre ans plus tard, après aménagement des bâtiments et des cours, Sainte-Marie-Lyon rouvrait sur la montée Saint-Barthélémy, au N°6. La suite, quelques anciens pourraient la raconter mieux que moi.
Et puis, l'histoire se fait tous les jours. On a le temps d'en reparler. De toutes façons, il reste ä raconter l'histoire des bâtiments successifs. De quoi faire pour améliorer cette ébauche.


La maison de la Verpillière ( Isère) 1836 - 1977

Préambule
La congrégation des Sacrés-Coeurs (dite de Picpus) fut fondée à Poitiers pendant la Révolution française par Pierre Coudrin (1768-1837) et Henriette Aymer de la Chevalerie (1767-1834). Henriette Aymer avait été incarcérée avec sa mère, en 1793, pour avoir donné asile à deux prêtres réfractaires. Libérée à la chute de Robespierre, nous la retrouvons quelques années plus tard jetant les bases, avec quelques compagnes et sous la conduite du père Coudrin, d'une congrégation à deux branches (masculine et féminine). Les fondateurs se proposaient de restaurer la vie religieuse alors supprimée en France. Ils voulurent que la consécration aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de Marie fût l'âme de leur famille et lui donnât le dynamisme apostolique qu'ils souhaitaient. Pratiquant l'adoration perpétuelle du Très Saint Sacrement, les soeurs se tournèrent très vite vers l'éducation de la jeunesse, apostolat combien urgent et fondamental à l'époque.

La Verpillière
C'est en Septembre 1836 que le couvent de la Verpillière fut ouvert. La famille de Montauban se trouvant sans héritier, Monsieur de Montauban, célibataire, fit don de sa maison de campagne à la congrégation des religieuses des Sacrés-Coeurs avec pour but principal : la garde de son tombeau. Le caveau de famille était dans une petite chapelle dédiée à Saint Isidore le laboureur, situé sur sa terre, non loin de sa maison de campagne. C'est dans cette chapelle de Saint Isidore que les premières religieuses arrivées commencèrent immédiatement l'Adoration. La maison comprenait en tout et pour tout 13 pièces, en comptant cuisines, caves, grenier... Très rapidement, les soeurs ouvrirent une école gratuite pour les jeunes filles pauvres qui étaient alors complètement abandonnées ; c'est dire qu'il y eut rapidement de nombreuses élèves. Un pensionnat fut ensuite installé, une centaine de jeunes filles le fréquentait. Le pensionnat se trouvait dans le couvent même ; l'école gratuite était dans la maison située actuellement au bas du "pré Ginet". Cette maison ayant été vendue plus tard, l'école fut transportée au centre de La Verpillière, dans ce qu'on appelait le "château". Chaque matin, deux religieuses s'y rendaient par tous les temps.

La chapelle
Lieu de pèlerinage pour la population de toute la région, la chapelle fut restaurée avec le concours de la population. En 1936, lors des fêtes du Centenaire, des Vulpiliens très âgés disaient qu'ils se souvenaient avoir entendu raconter par leurs parents que leurs grands-parents avaient aidé aux transports des matériaux. Le culte de Saint Isidore fut apporté dans ce coin du Dauphiné par les pionniers espagnols qui creusèrent le canal de la "Bourbe" au commencement du XVIIIè siècle, canal connu encore aujourd'hui sous le nom de "canal des Catalans". Cela semble naturel étant donné que le canal avait pour but de rendre cultivable une grand partie des marais desséchés par le dérivement des eaux vers le Rhône.
Une terrasse avec des paniers
Les premières soeurs, aidées des frères de la congrégation servant de maîtres-d'oeuvre, charrièrent des tonnes de terre à l'aide de paniers. Chaque soeur planta un arbre ; au long des ans, quelques-uns ont disparu. Mais l'esplanade est, aujourd'hui encore, sous les ombrages des platanes et des sycomores centenaires qui ont survécu à la morsure du temps.

Persécution combiste, début de siècle
Lors des lois contre les congrégations, le pensionnat et l'école gratuite fermèrent au début du siècle. Comme tant d'autres religieuses, celles de la Verpillière devaient quitter la terre de France pour l'exil ; mais elles purent rester sur la colline Saint Isidore, grâce au dévouement et à la compétence du Docteur Ogier, maire de la Verpillière : il alla jusqu'à Paris et obtint, après bien des démarches persuasives auprès du gouvernement, de garder les religieuses dans sa commune. Les religieuses poursuivirent donc leur vie de dévouement en s'occupant des personnes âgées, tout en vivant une vie de prière, (surtout l'adoration perpétuelle de jour et de nuit), une vie de silence et de travail.

Retour à l'enseignement
Au lendemain de la guerre, alors qu'entreprendre des travaux était une gageure, une partie de la maison fut transformée , à la rentrée 1945, trois classes s'ouvrirent -de la classe enfantine au certificat d'études- . Les parents avaient tant désiré cette école que 42 élèves furent inscrits en un mois ; dès la rentrée suivante, il fallut ouvrir un petit internat : les familles des environs désiraient que leurs enfants bénéficient de l'éducation chrétienne. L'effectif monta à 76, puis à 92 élèves, en même temps que commençait la préparation au brevet. Bientôt, il fallut construire un étage supplémentaire. Les familles aidaient beaucoup "leur"école, les cercles de parents étaient très suivis, les kermesses mobilisaient nombre de bonnes volontés. En 1962, on put obtenir le contrat simple pour la partie primaire de l'établissement, mais non pour le cours complémentaire, les élèves étant trop peu nombreuses. Les ressources trop faibles ne permirent pas de continuer à payer les professeurs, donc, on dut fermer ce cours en Juin 1966. Par là même, l'internat diminua peu à peu pour être supprimé dans les années suivantes. A partir de l'année scolaire 1967-68, les parents demandèrent l'école mixte pour pouvoir maintenir le contrat simple avec le nombre suffisant de 65 élèves. A chaque rentrée scolaire, l'effectif remonta jusqu'à 1201130 élèves.
Sainte-Marie-Lyon s'installa à La Verpillière à la rentrée de 1976, et, les dernières religieuses partirent en juin 1977.


POURQUOI LA SOLITUDE ?
par Brigitte CAZEAUX, professeur,
texte tiré de Lyon-Maristes n°52, quatrième trimestre 1985

Un mot de son histoire au 19ème siècle
En tête de cet article, je remercie la communauté des soeurs de Saint-Joseph, et tout particulièrement Marie-Laure Marat, sans qui cet article n'aurait pas pu être écrit.
Au mois de Mai 1985, Sainte-Marie-Lyon, en la personne du Père PERROT et de Philippe Monier, entourés de quelques professeurs, dont Soeur Marat, recevait au réfectoire de la Solitude une dizaine de religieuses de la congrégation de Saint Joseph de Lyon.
Auparavant, ces religieuses avaient visité la maison, quelques-unes avec beaucoup d'émotion, toutes très disertes : elles avaient vécu lorsque la Solitude était une Maison des Soeurs de Saint¬Joseph.

Une Solitude toute autre
Les souvenirs qu'elles égrenaient au long des salles et des couloirs faisaient revivre une communauté qui avait quitté le chemin de Montauban en août 1959, laissant la place à l'ADAPEI, organisation qui s'occupe de jeunes handicapés, puis bientôt au premier cycle de Sainte-Marie-Lyon.
Les religieuses gardaient un souvenir bucolique de cette demeure au milieu des prés et des bosquets : elles se rappelaient la basse-cour et l'étable qui occupaient la place de l'actuel réfectoire des professeurs. Il n'y avait pas de réfrigérateur, bien sûr, et le beurre était entreposé au frais dans l'ancienne citerne, qu'elles retrouvèrent. Le gymnase actuel était la buanderie, et le linge séchait dans les immenses greniers ; dans ce même gymnase, on entreposait aussi, dans une réserve, les confitures. La bibliothèque actuelle était le dortoir des cuisinières. La chapelle au¬-dessus, toujours à la même place, fit lever d'autres souvenirs : les mêmes vitraux, le même plancher. . .

Repentir et Solitude
Mais qu'en était-il de cette communauté ? Quelle était l'activité de cette ruche ? D'où vient, enfin, ce nom superbe de La Solitude , qui nous a certainement intrigué un jour ou l'autre, avant que l'habitude n'en ait émoussé la poésie ?
Voici la réponse à toutes ces questions : à Lyon, les religieuses de Saint Joseph, au début du 19° siècle, s'occupaient, entre autres tâches, de la prison Saint Joseph. leur attention fut attirée plus particulièrement, grâce à l'aumônier, sur le problème des jeunes détenues : très souvent issues de milieux modestes, leur sortie de prison. une fois la peine purgée, coïncidait presque toujours avec la reprise des activités qui les avaient conduites là... Elles ne pouvaient trouver aucun soutien dans leur milieu d'origine et craignaient de toute façon les dangers du monde. Il leur était nécessaire, avant d'y retourner vraiment, de prendre un peu de distance dans une retraite sûre, une "solitude" : les soeurs de Saint-Joseph commencèrent par louer un appartement, rue Puits¬d'Ainay, qui pouvait abriter six jeunes libérées, qui vivaient là en communauté, s'occupant à des travaux d'aiguille.
Mais bientôt celui-ci ne suffit plus. Entra en scène Monsieur Baboin de La Barollière, Lyonnais distingué, qui découvrit au-dessus du quai Pierre-Scize, dans un lieu retiré du quartier de Montauban, une maison à vendre -. Il l'acheta au nom des soeurs Dupleix, Flachard, Duplan, Roquet, et la donna pour servir d'asile aux jeunes repenties (voir l'acte d'achat en illustration de l'article).Des dons successifs permirent d'acheter du matériel, des métiers à tisser essentiellement, et aussi des terrains qui se trouvaient au-dessus de la demeure.
On décida de son nom : La Solitude, et en 1824 on y transféra les jeunes libérées.
La première supérieure de cette maison fut Mère Saint Polycarpe Dupleix, figure énergique de la communauté ; elle y dirigeait plus de cent jeunes filles. On ouvrit un noviciat spécial à la Solitude
même, dans des bâtiments nouvellement construits : cela était rendu nécessaire par l'importance de la Maison.
Style fleuri et réalisme moral
Quel était le sort des jeunes filles de cette solitude ? Un document de l'époque nous l'apprend, dans un style fleuri que je ne peux résister au plaisir de le citer
" Il existe dans le monde social une classe de personnes dont la triste destinée doit exciter la compassion, remuer les entrailles des vrais chrétiens, amis sincères de l'humanité : ce sont les filles détenues libérées. Au sortir de la prison, poursuivies par le sentiment de la honte, elles n'osent reparaître nulle part ; la famille en rougit, les ateliers leur sont fermés, la société les regarde avec mépris, les repousse et veut à peine les tolérer dans son sein. Alors que faire ? Que devenir ? Comment vivre ? Comment se mettre à l'abri de nouveaux dangers, se garantir contre sa faiblesse, contre un funeste penchant, contre des occasions sans cesse présentes ? Comment se soustraire à de malheureux exemples, à de criminelles séductions ? Quelle triste situation ! Que d'écueils pour un sexe fragile, qui porte dans son propre caractère un danger de tous les instant s et qui a besoin d'une protection forte et vigilante ! Repoussés par la société, dont elles sont le déshonneur, méconnues et abandonnées par la famille flétrie par leur conduite indigne, sans nulle ressource, manquant des choses les plus indispensables à la vie, il ne reste donc à ces malheureuses, pour tout partage, que la rechute, le désespoir ou le suicide.
La religion chrétienne, dont la mission sur la terre est de songer sans relâche au bonheur des hommes, pouvait-elle voir d'un oeil sec et indifférent le triste sort de ces infortunées ? Non, sans doute : elle devait leur tendre les bras, leur ouvrir un asile. Et c'est là l'origine et le but de l'Oeuvre si intéressante connue à Lyon sous le nom de Solitude, établie en 1821(...).
L'entrée du Refuge de la Solitude est libre ; il est le prix d'un commencement de repentir et d'un désir d'une entière conversion : nulle coaction n'est exercée sur les personnes qui y sont admises ; il est conseillé à celles qui redoutent de nouvelles chutes, mais jamais imposé. De même, une fois entrées dans le charitable asile, les portes n'en sont pas fermées comme celles d'une prison ; elles sont libres d'en sortir, seulement elles ne sont pas libres d'y entrer une seconde fois. L'ordre, le calme, la paix, le bonheur enfin règnent dans ce précieux établissement, que la charité chrétienne augmentera sans doute ; car, cette Maison n'ayant pour toute ressource que le prix si modique du travail des personnes qui l'habitent, elle ne peut se soutenir, grandir et marcher seule, sans appui étranger ; il est nécessaire qu'on vienne à son secours, qu'on la seconde, qu'on l'aide à continuer et à augmenter le bien heureusement commencé.
Déjà un certain nombre de prisonnières libérées, repentantes, y vivent heureuses sous la direction des Soeurs de Saint-Joseph, qui sont pour elles autant de mères ; c'est là qu'ù l'aide d'un travail modéré et en rapport avec l'âge et la force de chacune, on tâche de leur faire aimer la vie active, et on les prémunit ainsi pour plus tard contre les dangers de l'oisiveté et du vagabondage ; là aussi, à l'aide d'une règle sage, douce et facile, on s'efforce de leur faire connaître, aimer, goûter et pratiquer la vertu ; et, quand elles sont affermies dans le bien, quand leurs fautes sont oubliées, elles sortent de la maison, rentrent dans le monde, réparent leur mauvaise conduite par de bons exemples, et celles qui avaient été un sujet de scandale pour la société deviennent quelquefois des mères de famille pleines de vertu et de piété. Voilà l'Oeuvre de la SOLITUDE: n'est-ce pas assez pour en faire apprécier toute l'utilité ? En faut-il davantage pour lui captiver à jamais la bienveillance et la protection de toutes les personnes qui aiment l'ordre, la Religion et qui veulent l'amélioration des moeurs ?
Vu par nous Joseph CARD.FOULON Archevêque de Lyon

Un recrutement diversifié
Voilà donc nos jeunes repenties, occupées principalement à la couture, mais aussi au soin et à l'entretien de la maison, de l'étable et du potager, coulant des jours paisibles dans cette retraite. Peu à peu leur nombre diminuera, en raison sans doute de l'évolution des moeurs, au profit de jeunes élèves. Celles-ci en majorité faisaient partie des pupilles de la Nation et de l'Assistance Publique, mais conjointement les religieuses continuaient à recevoir des jeunes filles difficiles et de conduite douteuse. Les deux oeuvres étaient absolument séparées : l'une étant une oeuvre de redressement, dont l'effectif ne dépassait pas vingt-cinq jeunes filles, l'autre de préservation et de formation, de cinquante à soixante orphelines.
Les ressources de l'établissement consistaient en versements faits pour les pupilles de l'Assistance Publique et modestes mensualités des parents, réduites à rien dans bien des cas ; le travail des religieuses et des jeunes filles des deux ouvroirs, les produits du jardin, de la basse¬cour, de l'étable, les complétaient. En dernier lieu arrivaient les offrandes charitables.
Un emploi du temps bien rempli
Quel était enfin l'emploi du temps habituel de ces jeunes personnes ?
Outre les leçons de morale religieuse, les jeunes filles de l'oeuvre de redressement recevaient régulièrement des cours de français, de calcul, de sciences pratiques, des leçons d'enseignement ménager et culinaire, comme les autres pensionnaires. De plus, elles étaient employées aux travaux du ménage, à la cuisine, au lavage et au repassage des vêtements, au jardinage " afin de redresser leur sens moral, de leur faire prendre conscience de leur devoir, et de leur donner le goût, l'amour du travail et de l'effort". Le document dont je cite un extrait dit encore fort judicieusement : "la bonté et la fermeté sont les moyens les plus efficaces".
En plus de l'entretien et de la confection de leurs vêtements et de leur linge, elles étaient occupées à deux ateliers de couture distincts : l'un confectionnant des chemises d'homme, l'autre des couvre-pieds, édredons et linge de maison. Elles pouvaient aussi se distraire lors de nombreuses récréations et promenades dans le jardin et ses alentours. Bien des jeunes filles trouvaient agréable leur séjour à la Solitude et y revenaient fréquemment lors de vacances ou de déplacements.
Une nouvelle congrégation commence à la Solitude
Autre titre de gloire de la Solitude, qui fut donc une maison accueillante aux jeunes filles venues s'y abriter, elle vit la naissance d'une nouvelle congrégation, soeur de celle de Saint Joseph l'oeuvre et donc la demande de religieuses dans les prisons devint si importante que la fondatrice Mère Saint Jean songea à créer une congrégation différente de celle de Saint-Joseph, à vocation principalement enseignante ; cette dernière prit le nom de Marie-Joseph et s'est perpétuée jusqu'à nos jours. Les religieuses de cette congrégation faisaient leur noviciat à la Solitude avant de voler de leurs propres ailes.
En conclusion, laissons les ombres des jeunes filles et de leurs religieuses rôder dans les bosquets de la Solitude, inaperçues parmi les jeux bruyants des garçons qui les ont remplacées, dans ce coin paisible du quartier de Montauban, consacré depuis plus d'un siècle et demi à l'éducation de la jeunesse. Et peut-être leur évocation aujourd'hui fera-t-elle flotter une odeur de confiture dans le gymnase du moyen collège.