Cent cinquante ans de la Société de Marie par le Père ROZIER,
publication dans Lyon-Maristes n°53-54, second trimestre 1986 par le
Père ROZIER

" Le 24 Septembre 1986, il y aura cent cinquante ans
que furent constitués en congrégation religieuse les prêtres
de la Société de Marie, dits Pères Maristes.
En même temps, l'Eglise les avait envoyés évangéliser
les populations des îles plus ou moins grandes et encore peu connues
de l'Ouest-Océanie.
Il convient de rappeler que le projet de Société de Marie avait pris corps vingt années auparavant, attesté par un engagement collectif signé et consacré au cours d'une messe célébrée à Fourvière par l'abbé Jean-Claude Courveille, ordonné prêtre la veille, et à laquelle assistèrent et communièrent plusieurs autres nouveaux prêtres, Déclas, Champagnat, Colin, Terraillon, etc.
Le 9 mai 1837, fut acquis, montée Saint Barthélemy, à Lyon, un immeuble, dit Maison Puylata, qui, après les aménagements nécessaires, devint la maison-mère de la congrégation.
Les Maristes, déjà connus dans l'Ain et du
côté de Saint-Chamond et de Saint Etienne, furent appelés
à Angoulême et dans la région de Bordeaux puis d'Agen.
En 1843, le Père Ozanam, prêtre mariste, frère de Frédéric,
établit une résidence à Paris. Bientôt, le port
de Toulon, où s'embarquèrent des missionnaires, attira dans
sa région des Pères et des Frères, qui créeront
des dizaines d'écoles, puis un collège, à La Seyne,
et l'évêque de Digne leur demandera de diriger son petit et
son grand séminaire.
En Océanie, la vaste mission initiale fut subdivisée en cinq
portions et, dès 1848, deux évêchés étaient
créés en Nouvelle-Zélande, sous la direction de deux
évêques originaires de Lyon.
En 1851, première maison en Angleterre, dans la banlieue de Londres.
Ce ne sont que quelques indications du développement
de la congrégation. La Maison-mère fut durant plus de quarante
ans un centre actif de missions diverses données aux paroisses, ce
qui laisse deviner les allées et venues de correspondances et de
visites.
De son côté, le service des missions en Océanie occupait
une partie importante de l'activité de la maison. Des prêtres,
venant de tous les coins de France et même de l'étranger (Savoie)
pour se préparer à partir en Océanie, étaient
réunis dans une maison proche, dite la Favorite.
Les journées de 1848 ne furent pas fâcheuses, à la maison
de Lyon, comme elles le furent dans d'autres établissements voisins.
En 1854 le premier supérieur général Colin fut remplacé par le Père Julien Favre. On était entré dans une période où les missions en Océanie, certaines très difficiles, avaient cédé le premier pas aux activités en France, notamment à l'enseignement secondaire. En 1866, après trente ans d'existence, la congrégation comptait trois noviciats, d'où sortirent, cette année-là, une centaine de profès maristes.
En 1870 la maison-mère servit d'hôpital. Un
peu plus tard, quand le pays fut entré en république, la congrégation
s'européanisa pour de bon, (il y avait déjà, il est
vrai, quelque chose en Amérique), du fait des lois d'expulsion des
Religieux.
Cependant les congrégations missionnaires furent autorisées
à garder quelque chose pour ce service. Ainsi resta-t-il un pied
à terre à Puylata et le noviciat de Sainte-Foy-Lès-Lyon
(nouvelle maison-mère) sous le titre de Séminaire des Missions
d'Océanie.
Les collèges continuèrent sous la responsabilité des
évêques avec des prêtres ex-maristes, mais tous les autres
personnels partirent à l'étranger. Italie, Espagne, Irlande,
Belgique, Allemagne, etc. Un peu plus tard en France, l'Etat mit tin au
concordat et le clergé, notamment celui des collèges, fut
poursuivi et les maisons saisies.
Le temps de trouver un modus vivendi et la guerre de 14
venait encore éclaircir les rangs de la congrégation éparpillée.
Après la guerre et après le "Nous ne partirons pas"
des religieux, sans que les congrégations aient comme telles en France
droit de cité, les activités reprirent. La Maison-mère
s'établit à Rome en 1922 et des provinces furent constituées
en Europe, puis en Amérique de Nord et au Canada puis en Océanie.
La guerre de 39 fit partout sentir ses effets désorganisateurs. Après
la guerre, de nouvelles régions virent les Maristes, l'Afrique, le
Japon, l'Amérique du Sud.
Ce rapide survol, donne une faible idée de ce que
firent durant cent cinquante années les Maristes, d'autant que je
n'ai pas dit tout ce que des milliers de chrétiens associés
sous la dénomination de tiers ordre de Marie, aujourd'hui, fraternités
maristes, avaient vécu, ni les milliers d'écoles de frères
maristes de par le monde, ni l'activité des sœurs maristes,
ni celle des sœurs missionnaires de la Société de Marie
(qui sait que le premier vaccin contre la lèpre a porté le
nom de marianum en hommage à une de ces sœurs, Marie-Suzanne,
qui travailla obscurément vingt-cinq ans à Lyon pour le découvrir
?), ni celles de leurs filles en Océanie, ni celle des pères
et des sœurs du Saint-Sacrement fondée par un mariste, Eymard,
ni celle de la Congrégation du Saint-Esprit fondée au Mexique
par le Père Rougier, mariste. J'en oublie.
J'oublie surtout ce qui ne s'est pas vu, pas su, l'innombrable somme de
sainteté cachée et inconnue, dont plus d'un ancien élève,
ou ancien dirigé, ou ami, ou pèlerin, un jour, a bénéficié,
en découvrant, dans un monde dur, quelque chose de la grâce
et de la bienveillance de Marie. "
Historique du collège par le Père ROZIER,
Publication dans Lyon-Maristes n°53-54, second trimestre 1986 par le
Père ROZIER

" Le premier registre des professeurs porte la mention
" ouverture du collège " à 7h, le 16 janvier 1893,
17 montée des Carmes. A cette date, deux classes sont ouvertes une
7ème et une 8ème, et il y a 4 professeurs.
Le Directeur d'alors est le Père Monfat, le Supérieur et sous-directeur
est le Père Denier.
Une 6ème est ouverte l'année suivante.
A la rentrée 1894 on compte 50 élèves et une 5ème est ouverte. A la rentrée 1895, il y a 69 élèves et la 4ème est créée.
A la rentrée 1896, le collège est transféré du 17 montée des Carmes au 4 et 6 montée Saint Barthélemy. Les Pères Monfat et Denier sont toujours directeur et sous-directeur. Le collège compte alors 82 élèves. L'encadrement pédagogique compte 18 personnes dont 1 préfet de classes : Pierre Bethenod. Ce poste est créé cette année.
En 1897-1898, 92 élèves sont scolarisés
à Sainte-Marie-Lyon. Le Père Denier est remplacé par le Père
Auguste Boyer qui a 63 ans. Le Père Monfat, 77 ans, est toujours
directeur.
Une classe de seconde est créée.
Rentrée 1898 : Le Père Alain Perret devient
directeur.
Une 9ème est créée et le collège a 97 élèves.
Rentrée 1900 : le directeur est le Père Talon.
Rentrée 1902 : le directeur est le Père Lavernaz.
Rentrée 1903 : Le Père Thévenon est
nommé directeur. Il restera directeur de 1903 à 1933. 30 ans
!
Le collège a 139 élèves de la 9ème à
la Terminale où il y a 2 élèves.
A la rentrée 1933 : le Père Rocher prend la succession du Père Thévenon jusqu'à la rentrée 1941, date à laquelle le collège a 257 élèves.
Le Père Bérenger est nommé directeur
à la rentrée 1941 et le restera jusqu'en 1946.
Le collège a alors 528 élèves.
En 1947, le Père de Sentenac est directeur.
De 1948 à 1952, le Père Girard lui succède.
A la rentrée 1952, le Père Forissier est
nommé directeur, le collège a alors 545 élèves
et une 11ème est alors créée.
Le Père Forissier restera directeur jusqu'en 1963.
En 1960, le collège dépasse 1000 élèves (1 006
élèves plus exactement) de la 11ème à la Terminale.
Une annexe est créée à La Solitude.
De 1963 à 1966 le Père Peillon sera directeur.
Puis, à la rentrée 1966, le Père Perrot
prend la direction de Sainte-Marie-Lyon, direction qu'il assume encore aujourd'hui.
(en 1999, il sera remplacé par Monsieur Gaucherand)
En 1971, le collège atteint 1 500 élèves.
En 1976, Sainte-Marie-Lyon a 1773 élèves. C'est cette année qu'une annexe est créée à La Verpillière dans le département de l'Isère ; les Pères Maristes y prennent la succession des Sœurs des Sacré-cœur de Picpus qui dirigeaient une école primaire.
Les Pères Maristes ouvriront, en plus, une 6ème et une Seconde. L'annexe compte alors 292 élèves.
En 1978, toutes les classes sont ouvertes à La Verpillière. 617 élèves y sont scolarisés. Le collège de Lyon a 1878 élèves.
Les sites à travers les âges
Père Rozier, Lyon Maristes, quatrième trimestre 1985. (extraits)
Les sites à l’époque romaine (Montée Saint-Barthélemy)
La Solitude
Avant-propos

Depuis un an, le musée gallo-romain de Sainte-Marie-Lyon était fermé au public. L'aménagement
de la réserve, le recensement des objets rassemblés là
en interdisaient l'accès. En outre, comme nous le disions dans le
précédent numéro de Lyon-Maristes, une réorganisation
et une prise en charge du musée par une équipe se révélaient
nécessaires pour que son avenir soit assuré et qu'il existe
pleinement, c'est-à-dire qu'il réponde à des exigences
scientifiques, d'une part, qu'il soit mieux connu d'autre part. A cet effet,
une association a été fondée' , un programme d'inventaire
complet et d'études suivies de publications a été prévu
et commencé. Mais notre souci immédiat a été
de satisfaire au premier des devoirs que nous crée la chance d'avoir
un musée : le rouvrir au plus vite et en assurer l'accès le
plus large possible. C'est pourquoi, délaissant pour un temps les
tâches entreprises nous nous sommes consacrés à la réalisation
d'une nouvelle présentation des objets, non plus seulement montrés
par catégories mais réunis pour l'illustration de thèmes
qui nous paraissent propres à en rendre l'exposition plus vivante
: seul le manque de place nous aura limité dans notre choix. Chacune
de ces unités est dotée d'une notice comprenant une introduction
générale et la liste des objets avec leur numéro de
référence.
Un catalogue est en préparation. Nous le faisons précéder
ici d'un bilan de vingt années de fouilles occasionnelles. Une description
des lieux a été reprise afin que le matériel reste
lié au site, puisque c'est dans ce dernier que le musée trouve
sa principale raison d'être. A cet égard, le projet de l'équipe
qui vient de se former reprend le dessein ancien d'un premier comité
de patronage, fondé en 1967 pour l'aménagement d'un musée
et stipulant que celui-ci serait "destiné à rassembler
les vestiges recueillis à ce jour et ultérieurement dans les
deux propriétés de la montée Saint-Barthélémy
et de la Solitude".
Le présent travail est en partie provisoire, en particulier en ce
qui concerne le site : rappelons, en effet, que les fouilles n'ont été
que rarement exhaustives, et que, bien souvent, elles n'ont pu être
faites dans des conditions satisfaisantes. De plus, les quelques études,
dont nous dressons une liste, sont loin de former un ensemble complet. Il
reste des fouilles à refaire, dont la plus importante est sans doute
celle de la maison des fresques (qui sont toujours enterrées), et
d'autres à faire, si l'on veut comprendre l'organisation de l'habitat
sur ce flanc nord de la colline de Fourvière. Quant au matériel,
seule la publication définitive pourra en rendre compte. A ce sujet,
il est deux points qui nous tiennent à coeur. Le premier est la restitution
(ou, à défaut, la photographie et la possibilité d'étude)
d'objets emportés par des fouilleurs avant la création du
musée, objets dont la place légitime est à l'intérieur
du musée. Un objet isolé a d'ailleurs bien peu de valeur et
perd tout son sens en dehors de son contexte. Ce qui nous amène au
deuxième point: récemment encore, des élèves
ont trouvé quelques fragments de poterie dans un talus. Ceci n'est
pas étonnant : en raison de la pente du terrain, les terres archéologiques
peuvent aussi bien se trouver profondément enfouies qu'affleurer.
Nous saisissons, néanmoins, cette occasion pour rappeler que toute
découverte fortuite doit être signalée à l'un
des auteurs du présent article et que les élèves ne
doivent pas être tentés de creuser le sol : une future fouille
risquerait d'être perturbée; plus généralement,
il importe de savoir que les fouilles sauvages sont prohibées. Ceci
dit, nous accueillerons toujours avec plaisir les personnes qui voudraient
nous aider comme celles qui pourraient nous apporter des renseignements.
'Depuis sa création en 1967, ce musée est appelé musée
de Puylata, du nom de Guillaume Puylata, héritier de la propriété
qu'avait constitué, au XVIle siècle, octavio Mey. Ce musée
se trouve au Grand Collège, au niveau de la chapelle ; on y accède
par la cour des secondes. 'L'Association du musée de Puylata a été
déclaré à la préfecture du Rhône (publication
dans le J.O. du 1?-13 novembre 1979).
(Si incomplet qu'il soit, nous espérons que l'exposé
qui va suivre vous incitera à nous rendre visite. Le samedi 8 décembre
le musée ouvre ses portes aux professeurs. Dès la rentrée
de janvier, une ouverture permanente au public sera assurée tous
les samedis de 14h30 à 17h30 (excepté pendant les vacances
scolaires). Les visites de groupe seront également possibles en semaine,
sur rendez-vous et sous réserve de la disponibilité des membres
de l'équipe archéologique.
HISTORIQUE DES FOUILLES
Les fouilles ont été, dès l'origine, liées aux
agrandissements successifs du Collège. Elles ont eu lieu, principalement,
lors de l'aménagement de terrains de sport sur le versant nord de
la colline de Fourvière, dans une zone jusqu'alors inexplorée
et située en dehors du mur d'enceinte de Lugdunum (qui couronnait
le rebord septentrional du plateau de la Sarra). Les premières découvertes
ont été une surprise qui s'est répétée
au fur et à mesure que les travaux de terrassement avançaient
et englobaient de nouveaux secteurs. Mais l'on a pu, en même temps,
regretter l'absence d'un programme qui aurait permis une prospection et
une exploitation exhaustive et coordonnée du site. L'historique montre,
en effet, que l'on a travaillé, pour une même année,
dans plusieurs endroits ; inversement, il fait apparaître que le nymphée,
situé derrière l'un des grands murs sud, n'a été
dégagé que cinq ans après ceux-ci. Cette dépendance
des fouilles vis-à-vis des travaux a été déplorée
par les fouilleurs, trop souvent contraints à un constat de destruction
ou à une précipitation dommageable : à peine avaient-ils
le temps "de reconnaître et relever sommairement l'état
des lieux, de recueillir les objets et fragments exhumés" (rapport
collectif de 1965). Ceci explique qu'en 1963' , le père Jacolin,
qui voulait, avant de quitter son poste, mettre un peu d'ordre dans ces
trouvailles, ait compté plus de 1235 objets (sur les 2 736 recensés
!) auxquels il ne pouvait attribuer de provenance précise. Assurément,
cette précipitation et cette destruction auront retardé, et
sans nul doute gêné, la reconstitution du paysage antique dans
son unité. Nous ne savons pas, pour citer un exemple, comment la
maison G se rattachait aux murs sud, et les piles à cette maison
et à ces murs. Les renseignements sont maigres (signalons, au passage,
la quasi absence de vrais carnets de fouilles : seuls quelques feuillets,
chiches de dates) et ne nous permettent pas d'apporter une réponse.
Si l'on ajoute à cela que les fouilles sont souvent incomplètes,
ou qu'elles restent encore à faire (en particulier, celles qui relieraient
les deux niveaux d'occupation des cotes 230 m et 240 m), l'on concevra qu'il
soit encore impossible de comprendre l'organisation de l'habitat sur ce
versant de la colline. Souhaitons que ceci se réalise un jour.
Avant d'aborder la description du site et de ses vestiges nous ferons d'abord
une chronologie des découvertes (pour lequel certaines dates et des
faits demandent à être précisés) et donnerons
la bibliographie relative aux fouilles.
Chronologie
(Pour les fouilles faites dans le clos de la Solitude, nous indiquerons,
entre parenthèses, le secteur archéologique et la dénomination
des lieux actuels ; nous mentionnerons celles du Grand Collège par
l'abréviation G.C.)
Septembre SS - Eté 57 : Salle des gladiateurs et salles attenantes
(G.C., cour des 8° ou des gradins)
Octobre 60 : Compte-rendu d'une fouille (mal localisée) Octobre 61
: Découverte du collecteur (secteur A, cour des 4°)
Janvier-avril 62 : Mur à contreforts (secteur B, dans l'épingle
à cheveux en face du tennis). Les grands murs : La pile H, mur D
de la maison G.
14/01/62. canalisation (secteur D7) Banquette et pilier, quatre dalles (secteur
E). Avril-mai 62 : maison G (massif entre les cours de 4°-3°) Octobre
62 : Canaux obliques, piliers (secteur A) 08/10/62:
Amphore coupée en deux par un bulldozer (secteur A ouest)
' Cette même année le musée de Puylata fut créé
et une dalle de nymphée y fut déposée.
Seuil (secteur D) et entrée avec mosaïque.
Novembre 62 : mur aux amphores (secteur G, nouveau réfectoire) Novembre
63 : Piste de course (secteur I)
Angle de bâtiment (secteur H)
Mai 64 : Grand mur est (secteur F, sous le portique)
Août-septembre 66 : Maison des fresques : (secteur H, angle de la
cour des 6°) Juillet-août 67 : Nymphée (secteur A. sous
les gradins de la cours des 4°) (1) Janvier-Juin 69 : Hvpocauste (secteur
B, sud)
78 : Agrandissement de la menuiserie, récupération d'objets
(G. C.)
LE SITE MONTEE SAINT-BARTHELEMY aux XVIIe et XVIIIe siècles
Il était tentant de chercher à poursuivre l'histoire de l'occupation
du quartier autour de la vieille maison du Ile siècle retrouvée
en 1955. Mais la revue n'y aurait sans doute pas suffi.
On s'est borné ici à en évoquer une tranche, en observant
qu'une des principales difficultés est que nous ne sommes pas en
terrain plat, et donc que ni les plans ni les papiers-titres de l'époque
ne disent l'altitude des sols qui semblent avoir été progressivement
exhaussés et étagés, cependant que vers 1650 la montée
Saint-Barthélémy fut notablement abaissée. Si bien
que le dernier étage du bâtiment le plus haut - presque à
hauteur du sol côté montagne - serait à une quinzaine
d'étages au-dessus de l'entrée de la montée Saint-Barthélémy.
Quand nous avons retrouvé certains titres des XVIIe et XVIIIe siècles
nous avons constaté qu'à deux reprises - avant l'acquisition
du fonds par les maristes - ils avaient été dûment épluchés,
et une fois au moins avec entêtement, pour leur faire dire parfois
ce qu'ils ne disaient pas.
En fait, avant le cadastre, les actes d'adjudication ou de vente ne définissaient
les tènements que par rapport aux tènements voisins. On était
donc invité à la prudence.
Cependant, s'agissant du fonds actuel de Sainte-Marie-Lyon, on peut
avancer qu'il fut constitué, tel qu'il est aujourd'hui, à
la fin du XVIIIe siècle, en 1796.
Voici le plan grossier, page suivante.
Si l'on désigne par A, B, C, E, E, les accroissements successifs,
on peut noter en chronologie ascendante, que E fut ajouté en 1796,
D en 1795 ( la limite entre D et E restant encore à définir),
C en 1674, B en 1661 ; A vint en possession d'Octavio Mey en 1660.
Je vais dire quelques mots sur chacune des parcelles après avoir
fait deux observations. D'ordinaire, on s'intéresse plus aux bâtiments
qu'au sol ; et, de fait, les titres mentionnent généralement
des maisons, mais sans grandes descriptions précises, sauf en cas
d'adjudication, et la tentation est toujours de dire tel bâtiment
date de l'an N, comme si, tant qu'ils furent occupés, ils n'avaient
pas été constamment réparés, ré-aménagés,
ré-agencés, parfois rebâtis.
La seconde observation est importante : la vieille maison du IIe siècle
est dans la parcelle D (je l'ai figurée par le lieu (a) vers l'angle
sud-ouest) prélevée sur l'ancien fonds des Lazaristes, ajouté
en 1795.
Reportez-vous à la gravure de Simon Maupin. Remarquez le château
élevé vers 1580. Sa vaste propriété appelée
Montangle venait confiner à la montée des Carmes et à
notre tènement, à l'ouest.
Après l'abaissement de la montée Saint-Barthélémy,
vers 1650, toute la partie D, E fut acquise pour un monastère d'Ursulines,
avec maison d'éducation de filles, et l'église (b) prise sur
l'ancien fonds.
L'EGLISE SAINT-GENES OU GELAIS PUIS SAINT BARTHELEMY
Sur le tènement C s'élevait une église dont voici l'aspect
vers le milieu du XVIe siècle (gravure ci-contre).
Etait jointe à l'église une petite maison, avec cour et jardin,
clos par un mur. La dénomination actuelle de la montée commémore
cette église, appelée depuis le XIIle siècle Saint-Barthélemy
(rien à voir, donc, avec l'événement de 1572, connu,
en raison de la date, à Paris, comme "la Saint-Barthélémy").
Mais le nom de l'apôtre avait supplanté celui de Saint Genès
ou Genis (nom porté par un évêque de Lyon, mort en 679).
et ce fut là (avant son transfert sur l'église de l'abbaye
de Saint-Paul, plus bas) la première paroisse créée
dans le nord de l'agglomération (au nord de l'église épiscopale
Saint-Etienne, transférée plus tard rue Saint-Jean)
Au moment où s'élève le monastère des Ursulines
(actuellement N° 6 montée Saint-Barthélémy) avec
son jardin-verger remontant la pente, il y avait déjà, côté
nord de la montée des Carmes depuis 1575, les Capucins et leur église
(aujourd'hui les classes de 7°) et plus haut, depuis 1618, les Carmes
Déchaussés et leur église.
La vieille église Saint-Barthélémy se faisait vieille.
La colonie lucquoise y tenait ses assemblées. En août, le clergé
de Saint-Paul venait y célébrer la fête de Saint Barthélémy
(qui coïncidait d'ailleurs avec un saint Genès) aux côtés
du chapelain. Mais il semble bien que tout le monde pensait alors à
la fin prochaine des bâtiments.
Si l'on en juge par les gravures, elle avait encore une belle allure mi-XVIe
avec ses quatre fenêtres latérales, et surtout les deux baies
hautes à son chevet.
Notez que le dessinateur n'a pu montrer la petite place qui la séparait,
à l'ouest du tènement contigu qui appartenait, en 1657, au
maître apothicaire Guillaume Bugset.
OCTAVIO MEY
Famille venue de Florence au XVIe siècle (comme d'autres, les Mascranni,
les Gadagne, etc. qui firent à Lyon des fortunes colossales), les
Mey faisaient dans la soie et la banque. Octavio Mey demeurait au quartier
du Change vers le milieu du XVIIe siècle. Il avait inventé
pour la soie un procédé nouveau, qu'il n'avait pas beaucoup
crié sur les toits. Il plaçait sa fortune, en partie, dit¬on,
dans un musée personnel d'ouvrages d'art et de médailles,
ce qu'on appelait alors un cabinet d'antiques. (Il y avait belle lurette
qu'au bout de la montée Saint-Barthélémy la maison
Sala s'était fait appeler l'Antiquaille).
Or, fin 1658, un rayon de soleil vint éclabousser notre Octavio Mey
: un des Mascranni, le plus en vue (place Bellecour, Maison Rouge) qui hébergeait
les vingt ans du roi Louis (le XIVe), et le promenait, pendant que Mazarin
manigançait son mariage politique, l'amena un jour chez Octavio Mey.
Ce ne sont pas des choses qui passent inaperçues.
En 1660, Octavio Mey acquérait le tènement A (qui avait été
appelé Le Colombier). Or, le tènement contigu B était
déjà saisi sur Guillaume Buguet.
En décembre 1661, Octavio Mey entrait en possession de la parcelle
B, et faisait élever sur son fonds, côté sud, un mur
de séparation d'avec le jardin des Ursulines. Il donnait donc alors
directement, côté matin, comme on disait alors (plus tard orient,
nous disons: est) sur la place de
l'église Saint-Barthélémy.
Moins de dix ans plus tard, l'église connut, si j'ose dire, sa Saint
Barthélémy à elle, quand d'un seul coup la tribune
s'effondra sur les officiants. L'agonie (peut-être déjà
précédemment envisagée par Octavio Mey, qui sait ?)
commençait. Sachant le chapelain aux abois et l'impossibilité
pour lui et l'inutilité de tout faire rebâtir, Mey offrit largement
et sans concurrent la solution. Moyennant une rente annuelle confortable
au chapelain, il acquerrait le tènement, il démolirait les
bâtiments et réemploirait le matériau : le titre et
service de saint Barthélémy passerait à l'église
des Ursulines immédiatement voisine et sur la montée. Ce fut
chose faite avec la bénédiction de l'archevêché,
de la municipalité, du clergé de Saint-Paul et des Ursulines
en mai 1674.
Un an plus tôt, d'ailleurs la propriété Montangle avait
été cédée par Paul Mascranni aux Lazaristes.
Nouveaux voisins, ) l'ouest, donc, d'Octavio Mey.
Ainsi, en 1674, Octavio Mey se trouvait propriétaire du fonds A,
B et C.
Ce tènement passa après sa mort en 1690 à son neveu
par alliance (ou gendre?) Guillaume Puylata, marié à Gabrielle
Mey.
Notez que 15 ans plus tard vivait encore la veuve d'Octavio Mey, Marguerite
Guemes.
Une rue de la Croix-Rousse s'est appelée rue Octavio-Mey (jusqu'à
son remplacement, en 1863, par Artaud). Dix ans plus tard, à l'occasion
de la création de la gare Saint-Paul, on remania et élargit,
dans le quartier de l'église Saint-Paul, la vieille rue de la Poulaillerie,
devenue rue Octavio-Mey.
GUILLAUME PUYLATA
La maison d'Octavio Mey était donc devenue celle de Guillaume Puylata.
Peu après les Ursulines fermèrent leur maison d'éducation,
puis, tout en conservant la propri été D, E, se replièrent,
rive gauche de la Saône, dans leur premier monastère, rue Vieille-Monnaie.
Elles avaient loué une partie de leur fonds (c) au voisin Puylata,
qui avec leur assentiment construisit une avancée de terrasse sur
pilier (en prolongement de la sienne) avec percement du mur au-dessous et
sortie de voûte, pour avoir accès à la fontaine existant
au milieu du terrai n des Ursulines (la terrasse et la fontaine sont toujours
là, sur la cour basse, actuellement à l'usage des Premières)
Retenez cette location.
A la même époque, Puylata fit présent au roi Louis d'une
pièce maîtresse , alors célèbre . du cabinet
d'Octavio Mey (qu'est devenu le reste?) Louis XIV la fit déposer,
au Cabinet des Médailles, à Versailles, avec le nom du donateur
et Puylata entra à la coite sous les espèces de son fils Jean-François.
Il était alors aussi possessionné dans l'Azergues, à
Marcilly, Chazay et Civrieux , il faisait à Lyon négoce de
vin.
Or, vers 1699, il devait de l'argent à beaucoup de monde. Par exemple,
à la fin de l'année, il contracta un emprunt de 14 000 livres
au banquier Etienne Riverieux et, s'il acquitta encore, en 1700, son loyer
aux Ursulines, très rapidement il se trouva insolvable, et les créanciers,
notamment Riverieux, firent saisir tous ses biens en avril 1702
La propriété à Lyon - notre fonds A, B, C - fut vendu
aux enchères. Il échut au banquier Riverieux qui le revendit,
en 1714, aux frères Fillion, marchands associés, lesquels
bientôt insolvables durent consentir à sa revente. Il fut acheté
par Marc Chabry.
MARC CHABRY
Ce monsieur, alors âgé de 59 ans, n'était pas n'importe
qui. Il avait derrière lui une belle carrière de peintre et
de sculpteur. Il était d'ailleurs à Lyon sculpteur du roi.
Il semble qu'il ait vu la possibilité - maintenant architecte - de
faire ici son dernier ouvrage, établir sa famille et y vivre ses
dernières années.
Il acheta le fonds A, B, C, en octobre 1719, sous réserve d'une expertise,
qui fut faite. Sans tarder il prépara les plans de réparations
et de constructions ou agencements qui furent exécutés par
Claude Petel. Le coût atteignit une somme supérieure au prix
de l'achat et qu'il solda fin septembre 1726.
Moins d'un an après, le 3 août, il testait. Le lendemain, il
décédait et était enterré à l'église
paroissiale Saint-Laurent (jumelle de Saint-Paul), le 6.
Sa veuve et héritière, née Marie-Andrée Blampignon,
conserva la propriété jusqu'au mariage du 8e et dernier enfant,
Jean-Baptiste, au début de 1737.
Cette année-là, les Chabry revendirent le fonds à un
marchand, demeurant rue Gentil (quartier Saint-Nizier), Poisat.
Après quelques cessions ou passages, encore obscurs, le fonds fut
saisi et vendu aux enchères fin 1762. Pierre Lortet entra en sa possession
début 1763.
Il faut dire qu'en 1756, les Ursulines avaient fini par vendre leur propriété
à leurs voisins Lazaristes. Ainsi la propriété Lortet
(A, B, C) se trouvait entourée à l'ouest et au sud par celle
des Lazaristes.
LES LORTET
Pierre Lortet semble s'y être installé avec sa famille. or,
de bonne foi ou non, harcelé par les récriminations de locataires,
ou pour d'autres raisons, il en vint à imaginer que la propriété
Puylata comprenait la partie D/D' (maintenant aux Lazaristes) qui avait
jadis été louée (b) par Puylata aux Ursulines (louée
et non achetée).
Constatons la facilité qu'il pouvait y avoir à lire de travers
les confins des pièces anciennes (les nôtres sont dûment
annotées, ce qui nous a peut-être valu leur transmission).
Bref, de procès en procès, Lortet s'entêta et s'enferra
mais en fin de compte fut débouté par le Parlement de Paris.
Or, là-dessus arriva 1790 et l'expropriation des religieux (dont
les Lazaristes), et la rénovation de l'ordre judiciaire. Le fils
ciné, héritier, Jean-Pierre liquida la succession pour désintéresser
les créanciers: le fonds A, B, C fut adjugé pour 73 000 F
de l'époque (et peu après récupéré).
Enfin, en 1795, par décision du nouveau Tribunal, les Lazaristes,
disparus, faisant maintenant figure d'agresseurs (le commissaire de la nation
les représentait, muet !) la Nation, donc, reconnut à Jean-Pierre
Lortet la propriété de la partie D, D' que les Lazaristes...
s'étaient attribuée. Et voilà !
Ainsi pourvu, Jean-Pierre Lortet ne tarda pas à entrer en possession
de la partie E sur la montée Saint-Barthélémy contenant
les bâtiments qui avaient été l'église et le
monastère des Ursulines et
avaient été acquis par un certain Levasseur.
Ainsi, en 1796, était constitué le tènement A, B, C,
D, D', E, tel qu'aujourd'hui.
Jean-Pierre avait épousé Clémence Richard. En 1792,
ils avaient eu (ici, je crois) un fils Pierre (futur député
du Rhône en 1848) qui hérita avec sa mère, devenue veuve,
du fonds (3e génération Lortet)
LES MARISTES
C'est le 9 mai 1837 que Pierre Lortet, docteur en médecine depuis
1819 et écrivain (qui était allé habiter Oullins),
après une première vente aux Frères des Ecoles Chrétiennes
en 1835, qui n'avait pas été enregistrée (les Frères
avaient acquis, en 1836, l'ancienne propriété des Lazaristes)
passa vente du fonds aux frères Colin et quatre autres, tous appartenant
à un groupement religieux qui avait fait acte de naissance officielle
le 24 septembre précédent sous le nom de Société
de Marie.
Pour 75 000 F de l'époque, payés en deux ans. Alors (1839),
le Supérieur vint s'installer ici et ce fut la Maison Mère
des Maristes jusqu'à l'expulsion des religieux en 1882.
En janvier 1893, quelques petits garçons entraient au 17 de la montée
des Carmes et formaient, dans une maison aujourd'hui engloutie, le berceau
de Sainte-Marie-Lyon.
Quatre ans plus tard, après aménagement des bâtiments
et des cours, Sainte-Marie-Lyon rouvrait sur la montée Saint-Barthélémy,
au N°6. La suite, quelques anciens pourraient la raconter mieux que
moi.
Et puis, l'histoire se fait tous les jours. On a le temps d'en reparler.
De toutes façons, il reste ä raconter l'histoire des bâtiments
successifs. De quoi faire pour améliorer cette ébauche.
La maison de la Verpillière ( Isère) 1836 - 1977

Préambule
La congrégation des Sacrés-Coeurs (dite de Picpus) fut fondée
à Poitiers pendant la Révolution française par Pierre
Coudrin (1768-1837) et Henriette Aymer de la Chevalerie (1767-1834). Henriette
Aymer avait été incarcérée avec sa mère,
en 1793, pour avoir donné asile à deux prêtres réfractaires.
Libérée à la chute de Robespierre, nous la retrouvons
quelques années plus tard jetant les bases, avec quelques compagnes
et sous la conduite du père Coudrin, d'une congrégation à
deux branches (masculine et féminine). Les fondateurs se proposaient
de restaurer la vie religieuse alors supprimée en France. Ils voulurent
que la consécration aux Sacrés-Coeurs de Jésus et de
Marie fût l'âme de leur famille et lui donnât le dynamisme
apostolique qu'ils souhaitaient. Pratiquant l'adoration perpétuelle
du Très Saint Sacrement, les soeurs se tournèrent très
vite vers l'éducation de la jeunesse, apostolat combien urgent et
fondamental à l'époque.
La Verpillière
C'est en Septembre 1836 que le couvent de la Verpillière fut ouvert.
La famille de Montauban se trouvant sans héritier, Monsieur de Montauban,
célibataire, fit don de sa maison de campagne à la congrégation
des religieuses des Sacrés-Coeurs avec pour but principal : la garde
de son tombeau. Le caveau de famille était dans une petite chapelle
dédiée à Saint Isidore le laboureur, situé sur
sa terre, non loin de sa maison de campagne. C'est dans cette chapelle de
Saint Isidore que les premières religieuses arrivées commencèrent
immédiatement l'Adoration. La maison comprenait en tout et pour tout
13 pièces, en comptant cuisines, caves, grenier... Très rapidement,
les soeurs ouvrirent une école gratuite pour les jeunes filles pauvres
qui étaient alors complètement abandonnées ; c'est
dire qu'il y eut rapidement de nombreuses élèves. Un pensionnat
fut ensuite installé, une centaine de jeunes filles le fréquentait.
Le pensionnat se trouvait dans le couvent même ; l'école gratuite
était dans la maison située actuellement au bas du "pré
Ginet". Cette maison ayant été vendue plus tard, l'école
fut transportée au centre de La Verpillière, dans ce qu'on
appelait le "château". Chaque matin, deux religieuses s'y
rendaient par tous les temps.
La chapelle
Lieu de pèlerinage pour la population de toute la région,
la chapelle fut restaurée avec le concours de la population. En 1936,
lors des fêtes du Centenaire, des Vulpiliens très âgés
disaient qu'ils se souvenaient avoir entendu raconter par leurs parents
que leurs grands-parents avaient aidé aux transports des matériaux.
Le culte de Saint Isidore fut apporté dans ce coin du Dauphiné
par les pionniers espagnols qui creusèrent le canal de la "Bourbe"
au commencement du XVIIIè siècle, canal connu encore aujourd'hui
sous le nom de "canal des Catalans". Cela semble naturel étant
donné que le canal avait pour but de rendre cultivable une grand
partie des marais desséchés par le dérivement des eaux
vers le Rhône.
Une terrasse avec des paniers
Les premières soeurs, aidées des frères de la congrégation
servant de maîtres-d'oeuvre, charrièrent des tonnes de terre
à l'aide de paniers. Chaque soeur planta un arbre ; au long des ans,
quelques-uns ont disparu. Mais l'esplanade est, aujourd'hui encore, sous
les ombrages des platanes et des sycomores centenaires qui ont survécu
à la morsure du temps.
Persécution combiste, début de siècle
Lors des lois contre les congrégations, le pensionnat et l'école
gratuite fermèrent au début du siècle. Comme tant d'autres
religieuses, celles de la Verpillière devaient quitter la terre de
France pour l'exil ; mais elles purent rester sur la colline Saint Isidore,
grâce au dévouement et à la compétence du Docteur
Ogier, maire de la Verpillière : il alla jusqu'à Paris et
obtint, après bien des démarches persuasives auprès
du gouvernement, de garder les religieuses dans sa commune. Les religieuses
poursuivirent donc leur vie de dévouement en s'occupant des personnes
âgées, tout en vivant une vie de prière, (surtout l'adoration
perpétuelle de jour et de nuit), une vie de silence et de travail.
Retour à l'enseignement
Au lendemain de la guerre, alors qu'entreprendre des travaux était
une gageure, une partie de la maison fut transformée , à la
rentrée 1945, trois classes s'ouvrirent -de la classe enfantine au
certificat d'études- . Les parents avaient tant désiré
cette école que 42 élèves furent inscrits en un mois
; dès la rentrée suivante, il fallut ouvrir un petit internat
: les familles des environs désiraient que leurs enfants bénéficient
de l'éducation chrétienne. L'effectif monta à 76, puis
à 92 élèves, en même temps que commençait
la préparation au brevet. Bientôt, il fallut construire un
étage supplémentaire. Les familles aidaient beaucoup "leur"école,
les cercles de parents étaient très suivis, les kermesses
mobilisaient nombre de bonnes volontés. En 1962, on put obtenir le
contrat simple pour la partie primaire de l'établissement, mais non
pour le cours complémentaire, les élèves étant
trop peu nombreuses. Les ressources trop faibles ne permirent pas de continuer
à payer les professeurs, donc, on dut fermer ce cours en Juin 1966.
Par là même, l'internat diminua peu à peu pour être
supprimé dans les années suivantes. A partir de l'année
scolaire 1967-68, les parents demandèrent l'école mixte pour
pouvoir maintenir le contrat simple avec le nombre suffisant de 65 élèves.
A chaque rentrée scolaire, l'effectif remonta jusqu'à 1201130
élèves.
Sainte-Marie-Lyon s'installa à La Verpillière à
la rentrée de 1976, et, les dernières religieuses partirent
en juin 1977.
POURQUOI LA SOLITUDE ?
par Brigitte CAZEAUX, professeur,
texte tiré de Lyon-Maristes n°52, quatrième trimestre 1985

Un mot de son histoire au 19ème siècle
En tête de cet article, je remercie la communauté des soeurs
de Saint-Joseph, et tout particulièrement Marie-Laure Marat, sans
qui cet article n'aurait pas pu être écrit.
Au mois de Mai 1985, Sainte-Marie-Lyon, en la personne du Père
PERROT et de Philippe Monier, entourés de quelques professeurs,
dont Soeur Marat, recevait au réfectoire de la Solitude une dizaine
de religieuses de la congrégation de Saint Joseph de Lyon.
Auparavant, ces religieuses avaient visité la maison, quelques-unes
avec beaucoup d'émotion, toutes très disertes : elles avaient
vécu lorsque la Solitude était une Maison des Soeurs de
Saint¬Joseph.
Une Solitude toute autre
Les souvenirs qu'elles égrenaient au long des salles et des couloirs
faisaient revivre une communauté qui avait quitté le chemin
de Montauban en août 1959, laissant la place à l'ADAPEI,
organisation qui s'occupe de jeunes handicapés, puis bientôt
au premier cycle de Sainte-Marie-Lyon.
Les religieuses gardaient un souvenir bucolique de cette demeure au milieu
des prés et des bosquets : elles se rappelaient la basse-cour et
l'étable qui occupaient la place de l'actuel réfectoire
des professeurs. Il n'y avait pas de réfrigérateur, bien
sûr, et le beurre était entreposé au frais dans l'ancienne
citerne, qu'elles retrouvèrent. Le gymnase actuel était
la buanderie, et le linge séchait dans les immenses greniers ;
dans ce même gymnase, on entreposait aussi, dans une réserve,
les confitures. La bibliothèque actuelle était le dortoir
des cuisinières. La chapelle au¬-dessus, toujours à
la même place, fit lever d'autres souvenirs : les mêmes vitraux,
le même plancher. . .
Repentir et Solitude
Mais qu'en était-il de cette communauté ? Quelle était
l'activité de cette ruche ? D'où vient, enfin, ce nom superbe
de La Solitude , qui nous a certainement intrigué un jour ou l'autre,
avant que l'habitude n'en ait émoussé la poésie ?
Voici la réponse à toutes ces questions : à Lyon,
les religieuses de Saint Joseph, au début du 19° siècle,
s'occupaient, entre autres tâches, de la prison Saint Joseph. leur
attention fut attirée plus particulièrement, grâce
à l'aumônier, sur le problème des jeunes détenues
: très souvent issues de milieux modestes, leur sortie de prison.
une fois la peine purgée, coïncidait presque toujours avec
la reprise des activités qui les avaient conduites là...
Elles ne pouvaient trouver aucun soutien dans leur milieu d'origine et
craignaient de toute façon les dangers du monde. Il leur était
nécessaire, avant d'y retourner vraiment, de prendre un peu de
distance dans une retraite sûre, une "solitude" : les
soeurs de Saint-Joseph commencèrent par louer un appartement, rue
Puits¬d'Ainay, qui pouvait abriter six jeunes libérées,
qui vivaient là en communauté, s'occupant à des travaux
d'aiguille.
Mais bientôt celui-ci ne suffit plus. Entra en scène Monsieur
Baboin de La Barollière, Lyonnais distingué, qui découvrit
au-dessus du quai Pierre-Scize, dans un lieu retiré du quartier
de Montauban, une maison à vendre -. Il l'acheta au nom des soeurs
Dupleix, Flachard, Duplan, Roquet, et la donna pour servir d'asile aux
jeunes repenties (voir l'acte d'achat en illustration de l'article).Des
dons successifs permirent d'acheter du matériel, des métiers
à tisser essentiellement, et aussi des terrains qui se trouvaient
au-dessus de la demeure.
On décida de son nom : La Solitude, et en 1824 on y transféra
les jeunes libérées.
La première supérieure de cette maison fut Mère Saint
Polycarpe Dupleix, figure énergique de la communauté ; elle
y dirigeait plus de cent jeunes filles. On ouvrit un noviciat spécial
à la Solitude
même, dans des bâtiments nouvellement construits : cela était
rendu nécessaire par l'importance de la Maison.
Style fleuri et réalisme moral
Quel était le sort des jeunes filles de cette solitude ? Un document
de l'époque nous l'apprend, dans un style fleuri que je ne peux
résister au plaisir de le citer
" Il existe dans le monde social une classe de personnes dont la
triste destinée doit exciter la compassion, remuer les entrailles
des vrais chrétiens, amis sincères de l'humanité
: ce sont les filles détenues libérées. Au sortir
de la prison, poursuivies par le sentiment de la honte, elles n'osent
reparaître nulle part ; la famille en rougit, les ateliers leur
sont fermés, la société les regarde avec mépris,
les repousse et veut à peine les tolérer dans son sein.
Alors que faire ? Que devenir ? Comment vivre ? Comment se mettre à
l'abri de nouveaux dangers, se garantir contre sa faiblesse, contre un
funeste penchant, contre des occasions sans cesse présentes ? Comment
se soustraire à de malheureux exemples, à de criminelles
séductions ? Quelle triste situation ! Que d'écueils pour
un sexe fragile, qui porte dans son propre caractère un danger
de tous les instant s et qui a besoin d'une protection forte et vigilante
! Repoussés par la société, dont elles sont le déshonneur,
méconnues et abandonnées par la famille flétrie par
leur conduite indigne, sans nulle ressource, manquant des choses les plus
indispensables à la vie, il ne reste donc à ces malheureuses,
pour tout partage, que la rechute, le désespoir ou le suicide.
La religion chrétienne, dont la mission sur la terre est de songer
sans relâche au bonheur des hommes, pouvait-elle voir d'un oeil
sec et indifférent le triste sort de ces infortunées ? Non,
sans doute : elle devait leur tendre les bras, leur ouvrir un asile. Et
c'est là l'origine et le but de l'Oeuvre si intéressante
connue à Lyon sous le nom de Solitude, établie en 1821(...).
L'entrée du Refuge de la Solitude est libre ; il est le prix d'un
commencement de repentir et d'un désir d'une entière conversion
: nulle coaction n'est exercée sur les personnes qui y sont admises
; il est conseillé à celles qui redoutent de nouvelles chutes,
mais jamais imposé. De même, une fois entrées dans
le charitable asile, les portes n'en sont pas fermées comme celles
d'une prison ; elles sont libres d'en sortir, seulement elles ne sont
pas libres d'y entrer une seconde fois. L'ordre, le calme, la paix, le
bonheur enfin règnent dans ce précieux établissement,
que la charité chrétienne augmentera sans doute ; car, cette
Maison n'ayant pour toute ressource que le prix si modique du travail
des personnes qui l'habitent, elle ne peut se soutenir, grandir et marcher
seule, sans appui étranger ; il est nécessaire qu'on vienne
à son secours, qu'on la seconde, qu'on l'aide à continuer
et à augmenter le bien heureusement commencé.
Déjà un certain nombre de prisonnières libérées,
repentantes, y vivent heureuses sous la direction des Soeurs de Saint-Joseph,
qui sont pour elles autant de mères ; c'est là qu'ù
l'aide d'un travail modéré et en rapport avec l'âge
et la force de chacune, on tâche de leur faire aimer la vie active,
et on les prémunit ainsi pour plus tard contre les dangers de l'oisiveté
et du vagabondage ; là aussi, à l'aide d'une règle
sage, douce et facile, on s'efforce de leur faire connaître, aimer,
goûter et pratiquer la vertu ; et, quand elles sont affermies dans
le bien, quand leurs fautes sont oubliées, elles sortent de la
maison, rentrent dans le monde, réparent leur mauvaise conduite
par de bons exemples, et celles qui avaient été un sujet
de scandale pour la société deviennent quelquefois des mères
de famille pleines de vertu et de piété. Voilà l'Oeuvre
de la SOLITUDE: n'est-ce pas assez pour en faire apprécier toute
l'utilité ? En faut-il davantage pour lui captiver à jamais
la bienveillance et la protection de toutes les personnes qui aiment l'ordre,
la Religion et qui veulent l'amélioration des moeurs ?
Vu par nous Joseph CARD.FOULON Archevêque de Lyon
Un recrutement diversifié
Voilà donc nos jeunes repenties, occupées principalement
à la couture, mais aussi au soin et à l'entretien de la
maison, de l'étable et du potager, coulant des jours paisibles
dans cette retraite. Peu à peu leur nombre diminuera, en raison
sans doute de l'évolution des moeurs, au profit de jeunes élèves.
Celles-ci en majorité faisaient partie des pupilles de la Nation
et de l'Assistance Publique, mais conjointement les religieuses continuaient
à recevoir des jeunes filles difficiles et de conduite douteuse.
Les deux oeuvres étaient absolument séparées : l'une
étant une oeuvre de redressement, dont l'effectif ne dépassait
pas vingt-cinq jeunes filles, l'autre de préservation et de formation,
de cinquante à soixante orphelines.
Les ressources de l'établissement consistaient en versements faits
pour les pupilles de l'Assistance Publique et modestes mensualités
des parents, réduites à rien dans bien des cas ; le travail
des religieuses et des jeunes filles des deux ouvroirs, les produits du
jardin, de la basse¬cour, de l'étable, les complétaient.
En dernier lieu arrivaient les offrandes charitables.
Un emploi du temps bien rempli
Quel était enfin l'emploi du temps habituel de ces jeunes personnes
?
Outre les leçons de morale religieuse, les jeunes filles de l'oeuvre
de redressement recevaient régulièrement des cours de français,
de calcul, de sciences pratiques, des leçons d'enseignement ménager
et culinaire, comme les autres pensionnaires. De plus, elles étaient
employées aux travaux du ménage, à la cuisine, au
lavage et au repassage des vêtements, au jardinage " afin de
redresser leur sens moral, de leur faire prendre conscience de leur devoir,
et de leur donner le goût, l'amour du travail et de l'effort".
Le document dont je cite un extrait dit encore fort judicieusement : "la
bonté et la fermeté sont les moyens les plus efficaces".
En plus de l'entretien et de la confection de leurs vêtements et
de leur linge, elles étaient occupées à deux ateliers
de couture distincts : l'un confectionnant des chemises d'homme, l'autre
des couvre-pieds, édredons et linge de maison. Elles pouvaient
aussi se distraire lors de nombreuses récréations et promenades
dans le jardin et ses alentours. Bien des jeunes filles trouvaient agréable
leur séjour à la Solitude et y revenaient fréquemment
lors de vacances ou de déplacements.
Une nouvelle congrégation commence à la Solitude
Autre titre de gloire de la Solitude, qui fut donc une maison accueillante
aux jeunes filles venues s'y abriter, elle vit la naissance d'une nouvelle
congrégation, soeur de celle de Saint Joseph l'oeuvre et donc la
demande de religieuses dans les prisons devint si importante que la fondatrice
Mère Saint Jean songea à créer une congrégation
différente de celle de Saint-Joseph, à vocation principalement
enseignante ; cette dernière prit le nom de Marie-Joseph et s'est
perpétuée jusqu'à nos jours. Les religieuses de cette
congrégation faisaient leur noviciat à la Solitude avant
de voler de leurs propres ailes.
En conclusion, laissons les ombres des jeunes filles et de leurs religieuses
rôder dans les bosquets de la Solitude, inaperçues parmi
les jeux bruyants des garçons qui les ont remplacées, dans
ce coin paisible du quartier de Montauban, consacré depuis plus
d'un siècle et demi à l'éducation de la jeunesse.
Et peut-être leur évocation aujourd'hui fera-t-elle flotter
une odeur de confiture dans le gymnase du moyen collège.